L'anxiété démocrate

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Gilles Vandal

(Sherbrooke) ANALYSE / Comme le dit l'adage, un mois en politique est une éternité. Au début du mois d'août, Hillary Clinton se dirigeait vers une victoire retentissante, jouissant d'une avance de plus de 10 % dans les sondages. Les démocrates sortaient galvanisés de leur convention. En contrepartie, la campagne de Donald Trump était désorganisée et ce dernier commettait gaffe sur gaffe. Pourtant, six semaines plus tard, la campagne est devenue très serrée. Qu'est-ce qui a pu se passer pour expliquer un tel revirement de situation?

Ce changement de la donne électorale peut s'expliquer par au moins dix facteurs.

En premier lieu, l'électorat américain est très polarisé depuis une trentaine d'années. Des balayages électoraux comme ceux de 1964 ou 1980 sont devenus quasi impossibles. Tous les observateurs, y compris les stratèges démocrates, croient depuis le début de la campagne que l'élection sera serrée.

Deuxièmement, Trump a réussi à faire de la question de l'identité et des valeurs américaines le centre de sa campagne. Son message reçoit un écho positif particulièrement dans la population blanche qui se sent menacée par les transformations démographiques et culturelles de la société américaine.

Troisièmement, Trump a changé son équipe électorale. Non seulement il a accepté d'être plus discipliné, mais il a aussi modéré sa rhétorique. En conséquence, il apparait moins démagogue et plus présidentiel.

Quatrièmement, au lieu d'attaquer systématiquement Trump et de promouvoir son agenda, Clinton s'est faite discrète. En août, elle a limité ses activités à amasser des fonds pour sa campagne.

Cinquièmement, les controverses entourant les courriels de Clinton et la Fondation Clinton ont accentué la crise de confiance que beaucoup d'Américains ressentent à l'égard de la candidate démocrate.

Sixièmement, Clinton a attrapé une pneumonie. En plus de soulever des inquiétudes sur sa santé, sa maladie amplifia la perception de beaucoup d'Américains qu'Hillary Clinton n'était pas honnête. Son manque de transparence fut révélé par la vidéo d'un spectateur le matin du 11 septembre.

Septièmement, Clinton, bien qu'articulée, n'apparaît pas très charismatique. Son message ne soulève pas d'enthousiasme. Elle ne réussit pas à convaincre les Américains, même sa base électorale, des raisons pour lesquelles il faudrait voter pour elle.

Huitièmement, Trump a réussi à stabiliser sa base. Entre-temps, il a été en mesure de courtiser les femmes républicaines, les Afro-américains et différents groupes indépendants en assouplissant son message.

Neuvièmement, Trump a réussi à imposer son agenda de campagne. En suscitant des controverses, il a amené Clinton sur son propre terrain. L'élection de 2016 est devenue une des plus négatives, sinon la plus négative, de l'histoire américaine.

Dixièmement, sa campagne a cherché à démontrer pourquoi Trump serait inacceptable comme commandant en chef. Mais les Américains ne l'ont pas entendu vraiment parler de son programme, de sa vision future et de son agenda économique, politique ou social.

En conséquence, la base électorale sur laquelle Clinton pouvait compter s'est fragilisée. Ce n'est pas tant que Trump a fait des gains, que le fait que les Américains qui ont voté pour Obama ne ressentent aucun enthousiasme à faire de même pour Clinton. Ainsi, ils sont présentement plus enclins à demeurer chez eux. Le défi pour Clinton consiste avant tout à faire sortir son vote.

Aussi, pour remporter les présidentielles, l'équipe Clinton a besoin d'ajuster rapidement sa stratégie. Elle a besoin de reconstituer la coalition qui a permis à Obama de l'emporter en 2008 et 2012. Cette coalition est formée d'abord de femmes, d'Afro-américains, d'Hispaniques et de jeunes moins de 35 ans.

Les élections ne sont que dans six semaines. L'équipe Clinton dispose encore amplement de temps pour corriger le tir. Les trois débats présidentiels, dont le premier a lieu le 26 septembre, représentent un moment privilégié. Une bonne ou mauvaise performance peut faire toute la différence pour l'un ou l'autre candidat.

Par ailleurs, Trump n'a pas réussi à enterrer la controverse qu'il avait lancée concernant la naissance d'Obama. Non seulement il a refusé de s'excuser, mais il a accusé mensongèrement Clinton d'être à l'origine de cette controverse. Cette controverse est devenue l'étincelle dont les démocrates avaient besoin pour s'énergiser.

Depuis, l'équipe Clinton a sorti l'artillerie lourde. En plus d'Elizabeth Warren, Bernie Sanders, Bill Clinton et Joe Biden, on a assisté aux interventions de Michelle et de Barack Obama. Et ce n'est qu'un début. Ces derniers sont appelés à intervenir régulièrement en faveur de Clinton d'ici le 8 novembre.

Si Sanders et Warren soutiennent Clinton pour son engagement pour les causes libérales, Biden et les Obama le font pour une autre raison : la préservation de l'héritage d'Obama comme président. Ce dernier jouit présentement d'un taux d'approbation plus élevé que Ronald Reagan en 1988 ou Bill Clinton en 2000. Aussi, les Obama sont les meilleurs avocats pour convaincre les jeunes, les Afro-américains, les femmes ou les Hispaniques de voter pour Clinton.

L'élection de 2016 s'est transformée en un référendum sur la présidence Obama. Si les sympathisants d'Obama ne savaient pas pourquoi ils voteraient pour Clinton, maintenant ils ont une raison. La future administration va déterminer non seulement des questions comme l'avenir de l'Obamacare, mais aussi la composition de la Cour suprême pour au moins une génération.

Les dirigeants démocrates ont donc raison d'être anxieux. Les enjeux ne pourraient pas être beaucoup plus élevés.

Gilles Vandal, professeur à la retraite

de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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