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Éthique et culture religieuse: on efface et on recommence?

ANALYSE / Depuis quelque temps, le cours d'éthique et culture religieuse (ECR)... (Archives, La Tribune)

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Vincent Beaucher

(Sherbrooke) ANALYSE / Depuis quelque temps, le cours d'éthique et culture religieuse (ECR) qui est enseigné dans les écoles primaires et secondaires du Québec revient fréquemment dans l'actualité. Que ce soit un collectif d'auteurs qui le discréditent, un politicien qui propose de le modifier ou un chroniqueur des médias écrits qui en réclame carrément l'abolition, les questions et les accusations fusent de partout. Cependant, force est de constater qu'à travers les questionnements légitimes, on retrouve aussi, sinon surtout, une panoplie d'arguments plus ou moins fondés.

Le fait est que le cours d'ÉCR est et sera toujours critiqué pour une raison ou pour une autre, essentiellement à cause de son volet lié à l'étude des différentes spiritualités qui s'étendent sur la planète. Cela s'explique sans doute par la volte-face, somme toute rapide et brutale, qu'a faite la société québécoise au cours des dernières décennies quant à l'emprise du clergé catholique sur nos institutions sociales.

De fait, dans l'optique de s'émanciper comme peuple, la conséquence fut pour une bonne part de la population de rejeter les prémisses de l'Église et même, en quelque sorte, d'en développer une allergie idéologique. À tel point qu'il est maintenant devenu très difficile d'avoir une discussion posée sur tout sujet de nature religieuse, encore plus lorsqu'il s'agit d'une formation générale imposée à notre jeunesse.

Le hic, c'est que le fait religieux demeure, justement, un fait avéré. Qu'on soit athée, agnostique ou simplement un baptisé peu ou pas pratiquant, la réalité veut qu'une très grande proportion des humains qui marchent sur cette Terre appartienne à l'une ou l'autre des grandes religions et autres mouvements spirituels. Et pour plusieurs millions d'individus, ces croyances ont une incidence sur leur façon d'appréhender le monde et d'y évoluer.

De par son volet sur la culture religieuse, c'est à la connaissance de cette réalité que le programme d'ÉCR s'attaque. De par son volet lié à l'éthique, on cherche en même temps à développer chez nos jeunes une pensée critique. Et de par le dialogue qui sous-tend ces deux volets, on veut amener les jeunes à interagir de manière intelligente et réfléchie avec les autres. Ces missions ne sont pas anodines, surtout pas de nos jours, mais elles demeurent de vrais défis, tant académiques que sociétaux.

Abolir le programme d'ÉCR, ou uniquement son volet sur la culture religieuse, cela reviendrait à dire quoi? Que la religion est sans importance? Qu'elle n'a pas d'influence sur l'identité que se donnent des centaines de millions d'humains? Qu'elle n'a pas joué et ne joue plus un rôle dans l'histoire de l'humanité? À toutes ces questions, la réponse ne peut qu'être négative.

Par ailleurs, il faut reconnaître que de discuter d'éléments du religieux en classe ne revient pas à louanger les religions, tout comme il ne faut y voir en aucun cas une quelconque volonté d'endoctrinement. Le programme d'ÉCR n'est aucunement formaté en ce sens, tout comme les enseignants qui en sont responsables n'ont absolument pas le mandat de mettre les religions sur un piédestal.

Est-ce que le programme d'ÉCR est parfait? Sans doute que non. Il est en vigueur depuis maintenant huit ans, l'expérience pourrait sûrement nous guider pour l'améliorer. Par exemple, peut-être constaterions-nous que la culture religieuse pourrait être réservée pour le niveau secondaire, une idée qui se défend. Cela dit, il faudrait peut-être aussi revoir la formation offerte aux enseignants à son égard, pratiquement inexistante dans les faits. Ou encore, il serait pertinent que les directions d'école donnent ce cours à des personnes qualifiées pour l'enseigner, pas simplement en « bouts de tâche ».

Finalement, il serait intéressant qu'on reconnaisse les bons coups du programme d'ÉCR, comme le fait que nos jeunes ne demeurent plus incultes vis-à-vis un phénomène sociologique important. Ou encore parce qu'il s'agit de la première vraie initiative scolaire dont un des objectifs consiste à enseigner à notre jeunesse à réfléchir formellement. Ce n'est quand même pas rien.

Vincent Beaucher est professeur en éducation à l'Université de Sherbrooke et à Bishop's.

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