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(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Le cas de Pascal Morin, jugé non criminellement responsable du meurtre de sa mère et de ses deux nièces, en raison de troubles mentaux, soulève immanquablement des interrogations au sein de la population sur la sévérité des peines à imposer, de même que sur les ressources en réhabilitation.

L'affaire soulève aussi des questions d'ordre moral ou éthique sur les notions de pardon, de responsabilité, d'acceptabilité sociale et sur les risques de récidives le jour où M. Morin recouvrera sa liberté.

L'homme d'une quarantaine d'années avait assassiné sa mère et ses deux nièces à Saint-Romain, en 2012, alors qu'il consommait des stupéfiants et négligeait de prendre ses médicaments.

Il comparaissait mardi devant la commission d'examen des troubles mentaux du Tribunal administratif du Québec et a vu ses conditions de réhabilitation élargies et pourra passer davantage de temps en unité sécuritaire à la Maison Saint-Georges, du Centre de réadaptation en dépendances de l'Estrie, en raison de ses progrès. De plus, il suit une thérapie.

André Forest, directeur général de l'Association des proches de personnes atteintes de maladies mentales de l'Estrie, signale que seule une infime partie des personnes atteintes de troubles mentaux posent des gestes criminels, mais rappelle l'importance des mesures de soutien aux personnes jugées non criminellement responsables.

« Il faut être très prudent; que l'encadrement soit proportionnel à l'évolution de l'individu. Il y a aussi toute la question de réduire sa consommation et de prise de conscience; l'individu doit lui-même assumer ce qu'il a fait, faire un début d'autocritique et réaliser l'impact dans sa famille », explique-t-il.

« On ne peut demander aux gens d'accepter ça si la personne ne reconnaît pas ce qu'elle a fait », ajoute M. Forest.

Le parcours de Pascal Morin renvoie aussi au problème du manque de ressources pour s'assurer que les personnes avec des problèmes de santé mentale soient mieux encadrées et prennent leurs médicaments, comme l'avait déploré le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, en 2012, devant la Commission sur les homicides intrafamiliaux.

Il avait également dénoncé la désinstitutionnalisation.

M. Boisvenu demandait notamment des changements aux lois québécoises afin de faciliter la tâche des familles pour forcer les personnes psychiatrisées à recevoir leur traitement et permettre une intervention policière lorsque le malade présente un danger imminent pour lui ou autrui.

Il n'y a jamais eu de suite.

D'autre part, le Comité des affaires juridiques du Sénat demande au gouvernement fédéral de consacrer 200 millions $ pour des résidences contrôlées, avec couvre-feu et prise de médicaments supervisée, pour les personnes aux prises avec des troubles mentaux et de toxicomanie, y compris les ex-détenus, sur le modèle du projet « At Home/Chez-soi ».

Le Comité de la santé mentale du Canada a ouvert des maisons contrôlées à Vancouver, Winnipeg, Toronto, Montréal et Moncton, ce qui aurait engendré une chute du taux de récidive de 90 pour cent chez les personnes qui y ont séjourné.

Le « National Trajectory Project », qui a étudié le cas d'individus déclarés non criminellement responsables pour cause de troubles mentaux au Canada, indique que le taux de récidive chez ces personnes est de 17 pour cent après trois ans, mais de 22 pour cent au Québec.

La maladie mentale est bien souvent une épreuve sans nom pour la personne qui en souffre et pour ses proches, de surcroît lorsque s'y ajoute la toxicomanie.

Pour éviter ou au moins réduire le nombre de drames comme ceux de Saint-Romain, Ottawa et Québec doivent investir davantage en prévention, en soutien et en encadrement des personnes souffrant de maladies mentales, d'autant plus que des pistes de solutions existent.

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