L'ALENA, le Canada et les élections américaines

ANALYSE / Depuis un an, un fort courant protectionniste s'est propagé aux... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilles Vandal

(Sherbrooke) ANALYSE / Depuis un an, un fort courant protectionniste s'est propagé aux États-Unis. Bernie Sanders et Donald Trump ont sans cesse affirmé que les grandes ententes commerciales conclues depuis 30 ans sont la cause d'une désindustrialisation des États-Unis. Même Hillary Clinton, pourtant encore récemment une avocate du libre-échange, s'est jointe à la danse.

La situation est devenue telle que les chances du président Obama de faire adopter le Partenariat transpacifique sont quasi nulles. Pire encore, Trump et Clinton sont engagés dans une surenchère sur la renégociation de l'ALENA. Le protectionnisme est définitivement à l'ordre du jour.

Les tenants du courant protectionniste affirment que la délocalisation des entreprises, fruit de l'ouverture des marchés, a fait perdre aux États-Unis des millions d'emplois manufacturiers bien rémunérés. Les entreprises américaines, cherchant à diminuer leurs coûts de production, seraient déménagées au Mexique ou en Chine où le coût de la main-d'oeuvre est moindre.

La proportion des emplois manufacturiers dans l'économie américaine est indéniablement en constant déclin. De 28 % en 1960, le pourcentage a diminué à 19 % en 1980, 13 % en 2000 et 8,7 % en 2016. Cette situation n'est pas unique aux États-Unis. Elle touche toutes les économies avancées.

D'ailleurs, cette situation est moins due à une délocalisation des entreprises qu'au changement technologique.

Les emplois manufacturiers exigent aujourd'hui beaucoup de formation et de compétences. Les employés licenciés non spécialisés ont donc beaucoup plus de difficultés à se retrouver un emploi. Mais comment faire comprendre cette situation à un ouvrier qui a perdu son emploi parce que sa compagnie n'a pu se moderniser et résister à la concurrence?

Il n'est donc pas surprenant qu'une frange importante de la classe ouvrière américaine puisse être séduite par les discours populistes de Donald Trump qui pointe du doigt les politiques de libre échange comme la cause première de cette situation. Plus encore, Trump promet de rendre leur grandeur aux États-Unis en relançant le secteur manufacturier américain qui est confronté à une prétendue concurrence déloyale de la Chine et du Mexique.

Le candidat républicain propose un plan simple : renégocier les accords de libre-échange sur des bases bilatérales. Et en attendant, les États-Unis vont imposer unilatéralement des tarifs de 35 % sur les produits manufacturiers provenant de l'extérieur.

Bien que Trump ait ciblé surtout le Mexique dans ses attaques contre l'ALENA, le Canada risque fort d'être la première victime d'une remise en cause de cet accord commercial. Après tout, le Canada est le premier partenaire commercial des États-Unis. De plus, 70 % des plaintes déposées par les compagnies américaines depuis 1994 pour concurrence déloyale l'ont été contre le Canada.

Tout changement dans les relations économiques avec les États-Unis doit préoccuper les Canadiens au plus haut point. Un emploi sur deux au Canada est lié au commerce international. Or, 70 % du commerce extérieur canadien est effectué avec les États-Unis. Les Canadiens ont donc raison de suivre avec beaucoup d'intérêt les élections.

En contrepartie, l'intégration étroite des systèmes industriels d'approvisionnement canado-américains est beaucoup plus importante que les Américains peuvent l'imaginer. Un rapport commercial américain de mai 2016 montre que 9 millions d'emplois aux États-Unis dépendent directement du commerce et des liens étroits existant entre les deux pays. Les compagnies américaines ont recours sur une large échelle à des pièces et autres composantes en provenance du Canada.

La rhétorique anti-commerciale de la présente campagne américaine a déjà créé un climat d'incertitude au sein des compagnies américaines. Les chambres de commerce américaines se sont prononcées contre une remise en question de l'ALENA, mettant en garde les consommateurs américains contre une augmentation des prix, un éventuel ralentissement économique et même des pertes d'emplois qu'un tel geste provoquerait. Selon elles, l'adoption du plan de Trump conduirait l'économie américaine directement vers une récession. Mais l'électorat américain est si survolté qu'il n'est pas sûr que le bon sens l'emporte.

Que ce soit avec Trump ou à un moindre degré avec Clinton, la lune de miel qui marque les relations canado-américaines depuis un an risque de prendre fin d'ici janvier. Le Canada ne peut rien y faire, sinon prendre acte de la situation et s'y préparer en conséquence.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer