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The New York Times

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(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Les Québécois auront tout vu ou presque ces dernières années en matière de santé, mais ils ne s'attendaient certainement pas à devoir êtres minutés lors de leur rendez-vous annuel avec leur médecin de famille et à ne pouvoir aborder qu'un seul problème de santé durant celui-ci, comme le demande le Dr Christian Gaouette, de la Clinique médicale La 12e, à Sherbrooke.

Les patients de ce dernier ont été avisés par lettre que leur examen annuel est limité à 15 minutes au cours desquelles la rencontre se limite à quelques auscultations préventives, à une révision des bilans sanguins et à la mise à jour la liste des médicaments, comme l'a révélé le quotidien La Presse.

En cas de nouveau problème de santé, ils sont aussi invités à demander un autre rendez-vous qui sera limité à un seul problème et à une durée de 10 minutes, sauf exception.

On ignore si le médecin sherbrookois agit de la sorte pour voir davantage de patients et améliorer ainsi l'accès aux services médicaux ou s'il le fait parce que cela est plus avantageux dans un système de paiement à l'acte.

Le syndic du Collège des médecins a été saisi de l'affaire, tandis que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, juge la chose inacceptable.

Pour le commun des mortels, cette façon de faire apparaît à tout le moins discutable.

D'une part, parce qu'en général il faut passablement de temps pour obtenir un rendez-vous avec son médecin de famille, si évidemment on en a un, à moins bien sûr d'être dans une situation urgente.

D'autre part, parce que le patient ne s'attend pas à un tel comportement de la part de son médecin qui est, du reste, est en contradiction avec l'approche globale prônée par le Collège des médecins du Québec.

Le cas du Dr Gaouette n'est visiblement pas le seul.

En 2011, le secrétaire du Collège des médecins du Québec, Yves Robert, rapportait une augmentation des plaintes de patients au sujet de médecins qui limitaient leur intervention à une seule question ou à un seul problème par rendez-vous et exigeaient qu'une nouvelle convocation soit demandée pour toute autre question liée à leur santé.

«À l'heure où l'accès aux soins, particulièrement en première ligne, est difficile, où les comorbidités sont la règle et non l'exception à la faveur de l'augmentation des maladies chroniques, et où la question de la prise en charge globale du patient est le mot d'ordre, il y a de quoi s'étonner d'une pratique professionnelle restrictive à un seul problème ou à une seule question à la fois», écrivait-il.

Aucune norme ne dicte la durée que doit avoir un rendez-vous avec un médecin et il va de soi que cela varie en fonction du type de clientèle et de la rapidité avec laquelle le professionnel de la santé procède.

Le président de l'Association des médecins omnipraticiens de l'Estrie, le Dr Alain Demers, se dit en désaccord avec la médecine «à la minute» et rappelle que «le médecin doit être à l'écoute (de son patient)».

«La décision (du Dr Gaouette) est peut-être un corolaire de la loi 20 (qui imposera des quotas de patients aux médecins à moins que 85 pour cent des Québécois aient accès à un médecin de famille d'ici le 31 décembre 2017), mais on la décrie cette loi-là», dit-il, rappelant que des aménagements ont été faits pour atteindre l'objectif de 85 pour cent.

Malheureusement, pour l'heure, cette affaire donne une mauvaise image de la médecine et renforce l'idée que le système de santé se déshumanise.

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