Sans oui, c'est non

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Professeure de philosophie au Cégep de Sherbrooke et co-porte-parole de la campagne Sans oui, c'est non, Véronique Grenier définit la culture du viol comme un ensemble de pratiques et de comportements à l'intérieur desquels les hommes sont encouragés à considérer les femmes comme des objets et les femmes à se considérer comme tels.

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

L'Université Bishop's a créé une première au pays en obligeant ses étudiants à prendre une formation afin de contrer les agressions sexuelles sur son campus. Le phénomène est fort répandu dans les institutions d'enseignement supérieur, une récente étude ayant démontré qu'une personne sur trois y a été victime de violence sexuelle au Québec. Et encore, il semble que 90 % des cas ne sont jamais signalés. L'institution est-elle allée trop loin en rendant cette formation obligatoire?

À l'instar d'une quinzaine d'autres universités et cégeps, Bishop's participe aussi à une campagne volontaire de sensibilisation, « Sans oui, c'est non ». Plusieurs activités sont d'ailleurs prévues cette semaine afin de souligner le Mois de la prévention contre les agressions sexuelles.

Professeure de philosophie au Cégep de Sherbrooke et co-porte-parole de la campagne, Véronique Grenier explique que les violences à caractère sexuel vont du harcèlement aux agressions. Elle définit la culture du viol comme un ensemble de pratiques et de comportements à l'intérieur desquels les hommes sont encouragés à considérer les femmes comme des objets et les femmes à se considérer comme tels. « À partir du moment où on peut considérer autrui comme un objet, explique-t-elle, ça peut vouloir dire se permettre de traiter une personne comme un objet. »

Le rappeur Koriass s'est aussi impliqué dans cette campagne. Il dit avoir remarqué chez les garçons une propension à culpabiliser les filles. Les gars, rapporte-t-il, ont encore tendance à leur imputer la responsabilité des agressions. Il exagère à peine. Oui, il y a encore beaucoup de travail à faire afin d'entraîner un véritable changement des mentalités et des comportements. De fait, la bataille contre l'absurdité sera toujours à recommencer.

L'ancien juge de la cour provinciale de l'Alberta Robin Camp se retrouve ces jours-ci devant le Conseil canadien de la magistrature. Il doit répondre de sa conduite lors d'un procès en 2014. Il avait alors demandé à une victime présumée d'agression sexuelle pourquoi elle n'avait pas « serré les genoux ». Cela en dit long sur la mentalité qui prévaut toujours.

La situation n'est pas plus rose aux États-Unis. Un ancien étudiant de l'Université Stanford en Californie vient tout juste d'être libéré de prison après avoir purgé la moitié de sa peine. Pour le viol d'une jeune femme, Brock Turner n'avait été condamné qu'à passer six mois derrière les barreaux. Le juge a justifié cette peine légère par le fait qu'il ne fallait pas hypothéquer inutilement l'avenir de ce brillant jeune homme. Mais que fait cet abruti de la victime dont la vie a été totalement démolie?

L'affaire fait grand bruit aux États-Unis. Plus d'un demi-million de personnes ont déjà signé une pétition afin de réclamer la destitution du juge. Les législateurs de l'État ont déjà réagi en adoptant une loi afin de fixer une peine minimale de trois ans pour ce type de crime.

L'an passé, l'Université de Sherbrooke a déposé un plan d'action afin de prévenir la violence à caractère sexuel. La beauté de l'affaire, c'est que les associations étudiantes se sont vraiment emparées de ce dossier-là, témoigne Jocelyne Faucher, vice-rectrice à la vie étudiante. L'écoute, disait-elle, est beaucoup plus grande lorsque les pairs organisent les activités et portent le message.

Les campagnes de sensibilisation sont plus nécessaires que jamais. Devra-t-on aller plus loin et imiter Bishop's qui va jusqu'à rendre une formation obligatoire? Peut-être. Les mentalités de machos ont la couenne dure.

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