La controverse entourant la fondation Clinton

ANALYSE / La fondation Clinton est une organisation de bienfaisance mondiale... (The New York Times)

Agrandir

The New York Times

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilles Vandal

(Sherbrooke) ANALYSE / La fondation Clinton est une organisation de bienfaisance mondiale mise sur pied par l'ancien président Bill Clinton. La fondation est impliquée dans des initiatives majeures pour trouver des solutions aux plus grands problèmes du monde. Elle oeuvre dans des domaines aussi divers que la lutte mondiale contre le sida, le changement climatique, l'éradication du braconnage des éléphants, l'amélioration de la santé des filles et des femmes dans les pays du Sud, la formation des agriculteurs, la fourniture de semences, la commercialisation des cultures dans les pays en développement.

Depuis ses débuts en 1997, la fondation Clinton a recueilli plus de deux milliards de dollars en dons. Contrairement à la plupart des fondations privées, la fondation Clinton ne distribue pas de dons de bienfaisance à d'autres organismes, mais elle oeuvre directement sur le terrain. Aussi, elle est devenue aujourd'hui une vaste organisation qui regroupe 11 grands projets, emploie plus de 2000 personnes et compte plus de 300 000 collaborateurs.

Comment une telle fondation qui apporte une aide humanitaire à des dizaines de milliers de personnes a-t-elle pu devenir le centre d'une controverse majeure? Quel est le problème? Où sont les prétendus conflits d'intérêts que certains groupes de droite perçoivent? Pourquoi cette controverse entache-t-elle la campagne présidentielle d'Hillary Clinton?

Une partie importante du travail des Clinton dans la fondation consiste à solliciter des contributions. Pour ce faire, ils effectuent des tournées aux États-Unis et à l'étranger où ils prononcent un grand nombre de discours payés. Une grande partie des revenus générés par ces discours sont versés à la fondation. Mais les Clinton tirent aussi des revenus substantiels (25,3 millions $ en 2014 et 2015) des discours qu'ils prononcent devant de riches donateurs.

L'examen des rapports de la fondation par des observateurs indépendants concède que le couple Clinton n'a posé aucun acte éthique répréhensible en procédant ainsi. Par ailleurs, le Charity Watch, un groupe indépendant de surveillance dans l'utilisation des dons de charité par les fondations privées américaines, reconnaît que 89 % des dons versés à la fondation Clinton vont directement à des projets de bienfaisance, alors que 75 % est la norme standard pour de telles entreprises.

Néanmoins, toute la question demeure à savoir comment Hillary Clinton a utilisé son influence comme secrétaire d'État entre 2009 et 2013. Est-ce qu'elle a ou non utilisé celle-ci pour inciter de grands cadres d'entreprises, des chefs d'État et autres célébrités à donner généreusement à la fondation Clinton?

Les critiques du couple Clinton ont été vites à noter comment la fondation repose sur une étroite corrélation entre dons et accès à des personnes influentes. Cette imbrication alimente la perception publique que faire un don à la fondation devient un prix d'entrée pour une rencontre. Cela aurait été particulièrement évident lorsque Hillary Clinton était secrétaire d'État.

Un article publié par l'Associated Press note que sur 154 personnes représentant des intérêts privés qu'Hillary Clinton a rencontrées entre 2009 et 2013, 85 ont donné de l'argent à la fondation. Ce pourcentage semble extraordinaire. Toutefois, Clinton conteste ces chiffres, parce que l'article ne dresse pas un tableau global. Durant cette période, elle a tenu des réunions avec 1700 dirigeants étrangers. De plus, durant cette même période, la fondation a reçu des contributions de 6000 donateurs.

Toutefois, ces explications n'ont pas réussi à endiguer les critiques concernant les faiblesses des normes éthiques de Clinton. Ses détracteurs sont non seulement des républicains, mais se retrouvent aussi chez des observateurs indépendants. La question morale se pose à savoir si Mme Clinton a utilisé son influence comme secrétaire d'État pour extorquer des dons pour la fondation.

Sa réponse à cette controverse a été jusqu'à maintenant inadéquate. Incapable de saisir le problème de conflit d'intérêts que ses liens étroits avec la fondation pouvaient avoir, elle s'est limitée jusqu'à maintenant à annoncer que si elle était élue présidente, la fondation n'accepterait plus de dons provenant de compagnies ou d'entités étrangères.

Entre-temps, l'incapacité d'Hillary Clinton à réagir promptement à cette question d'éthique montre comment elle n'a pas saisi à quel point cette question entache sa réputation. Plus encore, cette controverse l'empêche de tirer profit des effets positifs que la fondation a à travers le monde.

Un récent sondage montre que 59 % des électeurs pensent qu'Hillary Clinton n'est pas honnête et digne de confiance. Donald Trump n'hésite pas à frapper sur ce clou. Cherchant à imprégner la réputation de vénalité de Clinton dans l'opinion publique, il demande avec insistance la nomination d'un procureur spécial devant mener une enquête impartiale accélérée sur les « nouveaux crimes » de la candidate démocrate.

Comme pour la controverse entourant l'utilisation d'un serveur privé, la question de la fondation représente pour Hillary Clinton des blessures importantes qu'elle s'est elle-même infligées. Une réaction rapide et transparence lui aurait évité un débat qui en est arrivé à entacher toute sa campagne présidentielle.

Gilles Vandal est professeur à la retraite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer