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Monsieur le maire Bernard Sévigny,
J'accuse réception de la lettre envoyée par la Ville de Sherbrooke aux personnes, dont je suis, qui vous ont fait parvenir par courriel, au début du mois d'août, leurs commentaires au sujet d'une publicité de votre ville montrant une femme portant le voile islamique et contestée par le Groupe laïcité citoyenne Capitale nationale.

J'ai lu avec intérêt la teneur de cette réponse et je vais sans doute vous surprendre, mais je suis entièrement d'accord avec ce qui y est exprimé. Je présume que la tâche d'envoyer une réponse a été confiée à un jeune préposé de votre service des communications, car il s'est sans doute trompé de fichier dans le dossier des lettres préformatées que tout organisme public possède pour répondre aux diverses questions soulevées par le grand public. La réponse qui nous est fournie concerne davantage le cas où des gens exprimeraient des inconforts ou des désaccords avec la présence de groupes culturels dans votre ville.

« Sherbrooke est une ville que l'on choisit, où l'on est sûr d'être bien accueilli, et ce, sans égard à notre lieu de naissance ou notre pays d'origine. »

« La Ville attire, accueille et intègre les personnes immigrantes en reconnaissant la richesse issue de la diversité ethnoculturelle et en la promouvant auprès de sa population. Elle constitue un milieu de vie où les échanges interculturels sont harmonieux et où les citoyens de toutes origines s'enrichissent mutuellement. »

Jusque-là, il n'y a rien à redire. Sherbrooke accepte la diversité culturelle, c'est-à-dire ce qui concerne la culture dont la religion ne fait pas partie. Il suffit de voir que des gens, comme en Irak ou en Syrie, peuvent s'entretuer sur la question de la religion, tout en étant de même culture. Justement, le paragraphe suivant mentionne l'intention de la Ville de Sherbrooke de ne pas confondre culture et religion.

Vous comprendrez que la Ville de Sherbrooke reconnaît et encourage la diversité culturelle, dans le respect des valeurs de chacun, et ce, sans faire la promotion d'une religion en particulier, ce que reflète le site jesuissherbrookois.ca

J'ai consulté le site et vous avez presque raison. En effet, sauf pour une photo montant brièvement une femme portant le voile islamique, votre site ne fait pas la promotion d'une religion, mais présente les services offerts et les possibilités qu'offre la Ville de Sherbrooke sans aucune allusion explicite à la religion. Alors, pourquoi ne pas reconnaître tout simplement votre erreur d'avoir diffusé sur le site de la Ville de Sherbrooke la photo d'une femme voilée alors que votre approche semble en grande partie plutôt préoccupée d'intégration culturelle que de promotion religieuse? Surtout que c'était précisément le propos de notre lettre qui s'inquiétait de la promotion d'un groupe religieux.

Je comprends très bien la possible méprise, car votre région a accueilli les loyalistes à la fin du XVIIIe siècle qui appartenaient à la fois à la culture anglaise et à des religions issues du mouvement de la Réforme au XVIe siècle qui donna naissance aux Églises protestantes. L'omniprésence de leur trace dans votre région par leurs nombreuses églises de différentes dénominations peut facilement amener un jeune Sherbrookois, préposé aux communications, à faire l'amalgame entre culture et religion, d'où ma présomption que cette lettre ne peut provenir de vous, M. le maire Sévigny, car je n'oserais mettre en doute la connaissance que vous avez sûrement de l'histoire de votre région.

Au plaisir de visiter votre ville laïque et ouverte aux cultures.

Cordialement.

Jacques Beaumier, Québec

Faire du porte à porte

Dernièrement, j'ai eu la chance de jaser un brin avec une sympathique travailleuse sociale du CLSC de la région. Elle faisait suite à une demande d'aide que j'avais placée avec mon médecin, il y a quelques semaines. Je vous épargne les détails, mais l'échange qui suivit fut constructif, agréable, rassurant. Elle prenait le temps. Jusqu'à ce qu'elle n'ait plus le temps.

Les minutes ont filé et on a esquissé un beau tableau de mon histoire, de mes attentes, de mes besoins. Puis elle m'a demandé si j'avais accès à des assurances grâce à mon travail. Je lui répondis par la négative. Ensuite, elle me dit qu'il y avait beaucoup de ressources intéressantes au privé. Mais je lui expliquai que je n'en ai pas les moyens. Finalement, elle m'a dressé une liste d'organismes communautaires qui pourraient potentiellement m'aider, parce qu'« on ne se le cachera pas, pour avoir des services au CLSC, ça prend des mois et des mois. »

Alors elle m'a conseillé d'aller voir ailleurs. Et parce que je suis cassée, ce « ailleurs », ce sont les organismes communautaires qui sont encore plus cassés que moi. C'est là que j'ai compris que son invitation à aller « solliciter de l'aide aux organismes communautaires en premier lieu » voulait dire que mon nom ne figurerait pas sur la liste d'attente du CLSC - parce qu'elle aurait l'air encore plus catastrophiquement longue qu'elle ne l'est déjà, j'imagine - tant et aussi longtemps que je n'affirmerai pas avoir déjà entamé des démarches avec les quatre organismes qu'elle m'avait suggérés.

Loin de moi l'idée de dénigrer l'aide offerte par les organismes communautaires. Au contraire, s'il y a une chose qui est démontrée par l'expérience que j'ai vécue, c'est qu'ils sont nécessaires plus que jamais. Ces organismes tiennent le filet social à bout de bras pendant que de plus en plus de monde se jette dedans et que les coupes dans leurs budgets leur enlèvent, un à un, des piliers de soutien. Ça fait que pendant qu'ils tiennent le filet, faut aussi qu'ils redoublent d'efforts pour s'autofinancer. Ce faisant, ils parviennent bien sûr à aider beaucoup de personnes dans le besoin, mais ils permettent aussi au gouvernement Couillard de se déresponsabiliser et de poursuivre son massacre planifié de l'État « sans que les services aux citoyens n'en souffrent », pour reprendre les mots du ministre Barrette.

Eh bien, n'en déplaise à M. Barrette, tout le monde est affecté par les coupes récurrentes en santé. Je ne veux pas partir sur une autre anecdote, mais il y a un mois j'ai reçu l'appel d'une nutritionniste du CHUS qui répondait à ma demande

d'un plan nutritionnel pour contrôler mon diabète de grossesse. Ma fille a maintenant trois ans et demi. C'est peut-être comique quand il n'y a pas ou peu de conséquences (perdre 70 lb après une grossesse, c'est quand même pas jojo), mais qu'en est-il de ceux qui ont des problèmes urgents? Et pas « urgents » juste dans le sens d'une personne qui arrive aux urgences avec le tibia planté dans l'oeil; urgent dans le sens d'une personne anxieuse qui n'est pas capable de retourner au travail parce qu'elle n'a pas d'outils pour s'aider. Qui va peut-être s'isoler avec le temps et s'aliéner encore plus de la société. Une personne dépressive qui commence à germer des idées suicidaires. Vous savez, le monde qui ne saignent pas par en dehors? Pour parler en termes néolibéraux, comment voulez-vous que ces personnes continuent à contribuer à la société (lire : payer des impôts) si elles n'ont pas l'aide dont elles ont besoin pour le faire?

Selon La Presse, c'est 916 millions de dollars qui ont été coupés depuis l'élection du gouvernement Couillard. Mais le plus gros problème de ce gouvernement n'est pas économique, il est humain.

Noémie Verhoef, Sherbrooke

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