Trump et ses rapports d'impôts?

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Avant de se lancer dans la course à la Maison-Blanche, Donald Trump a soutenu vigoureusement le principe que tous les candidats aux plus hautes fonctions publiques aux États-Unis devraient dévoiler leurs rapports d'impôts.

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Gilles Vandal

(Sherbrooke) Avant de se lancer dans la course à la Maison-Blanche, Donald Trump a soutenu vigoureusement le principe que tous les candidats aux plus hautes fonctions publiques aux États-Unis devraient dévoiler leurs rapports d'impôts. En janvier 2012, il demanda à Mitt Romney de se soumettre à cette exigence, y voyant une question fondamentale de transparence.

Pourtant, Donald Trump tergiverse dans ce dossier depuis juin 2015. Il avait d'abord affirmé qu'il rendrait publics ses rapports d'impôts s'il remportait les primaires. Mais depuis, il refuse de le faire sous prétexte que le service de revenu fédéral américain (IRS) n'a pas fini de les examiner. Or, l'agence IRS affirme qu'un examen de dossier n'empêche pas un contribuable de divulguer ses rapports d'impôts. D'ailleurs, le président Nixon le fit en 1973, alors que son rapport d'impôts était sous examen.

Le dévoilement des rapports d'impôts des candidats à la présidence américaine a débuté en 1952 avec Adlai Stevenson, candidat présidentiel démocrate. Depuis le début des années 1970, tous les candidats à la présidence américaine sans exception se sont soumis à cette exigence. De plus, tous les membres du congrès et candidats aux plus hautes fonctions dans les gouvernements des États s'y sont soumis. Par exemple, les Clinton divulguent leurs rapports d'impôts depuis 1977.

Hillary Clinton et les membres de son équipe ne sont pas les seuls à demander que Trump rendre publics ses rapports d'impôts. En cela, ils sont soutenus par plus d'un tiers des membres républicains du Congrès. De plus, sondage après sondage, deux tiers des électeurs américains affirment que Trump devrait se soumettre à une telle exigence. Alors pourquoi Trump refuse-t-il depuis 16 mois?

Le refus répété de Donald Trump est motivé par plusieurs raisons. La divulgation de ses rapports d'impôts pourrait éclairer les électeurs sur les façades obscures de ses finances personnelles. Trump n'a pas intérêt à ce que ces derniers en sachent trop sur ses transactions financières.

Cette divulgation informerait le public américain sur les revenus réels de Trump, combien il paie d'impôts, quel est son taux d'imposition, comment il utilise ses pertes pour réduire ses impôts, avec qui il fait des affaires, etc.

Or, différentes fuites dans les médias, dont une analyse récente publiée par le New York Times, soulèvent plusieurs hypothèses sur sa réticence à dévoiler le contenu de ses rapports d'impôts.

Premièrement, sa fortune n'est pas aussi élevée qu'il l'affirme. Son chiffre d'affaires approche peut-être des 10 milliards de dollars, mais sa fortune, contrairement à ce qu'il affirme, n'est pas de 10 milliards. Lorsqu'on comptabilise ses dettes, elle serait de moins de cinq milliards, voire moins d'un milliard. Les succès de Trump en affaires ne sont pas aussi éclatants qu'il l'affirme.

Deuxièmement, Trump a bâti sa fortune en tant que développeur immobilier. Il a probablement été en mesure d'éviter de payer année après année le minimum d'impôts en reportant des mauvaises créances. Cette pratique est régulière chez les promoteurs immobiliers. Or, rendre publique cette information aurait un effet négatif sur sa campagne présidentielle.

Troisièmement, des rumeurs persistances depuis plus de 30 ans circulent sur le fait que beaucoup de transactions financières de Trump ont été effectuées avec des personnes plus ou moins liées au crime organisé ou à la mafia russe. Trump n'a pas avantage à dévoiler cet aspect de ses finances à une époque où il accuse les Clinton de malversations dans la gestion de leur fondation.

Quatrièmement, Trump ne verserait pas autant de dons à des oeuvres de charité qu'il l'affirme.

Cinquièmement, les succès en affaires de Trump reposent largement sur sa capacité d'obtenir des prêts de banques. Or, l'étalement au grand jour de ses finances personnelles pourrait avoir un effet négatif sur ses capacités d'obtenir de nouveaux prêts.

Sixièmement, une portion importante de ses dettes aurait été contractée avec des banques étrangères, dont la banque d'État de Chine. Le dévoilement de ses rapports d'impôts pourrait révéler la double attitude de Trump qui dénonce la Chine tout en faisant affaire avec celle-ci.

Trump a donc plusieurs raisons d'être réticent à dévoiler ses rapports d'impôts. Mais à une période où les Américains doutent plus que jamais de l'honnêteté de leurs dirigeants, Trump doit se soumettre à cette exigence. Les Américains ont le droit d'avoir l'heure juste à ce sujet. C'est une question d'éthique et de transparence.

Gilles Vandal est professeur à la retraite

de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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