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ÉDITORIAL / Pour un seul mot de langue anglaise, la nouvelle murale du... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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Spectre Média, Marie-Lou Béland

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Pour un seul mot de langue anglaise, la nouvelle murale du centre-ville de Sherbrooke provoque une vive réaction. Quinzième réalisation de l'organisme Murales Urbaines à Revitalisation d'Immeubles et de Réconciliation sociale (MURIRS), l'oeuvre suscite de nouveau la controverse. Si le propre de l'art consiste entre autres à secouer les conventions et à éveiller les consciences, le moins que l'on puisse dire c'est que la dernière murale ne suscite pas un fort engouement populaire.

L'oeuvre est monumentale. Elle a d'ailleurs engendré les premières critiques par son coût élevé. En raison des contraintes structurales de l'édifice porteur, le budget original a été pulvérisé pour totaliser 319 000 $. Les conseillers Rouleau et Dauphinais ont inscrit leur opposition à engager près de 120 000 $ supplémentaires, rappelant avec justesse qu'il s'agit de fonds publics.

Ce n'est pas l'oeuvre elle-même qui a coûté plus cher, mais les précautions qu'il a fallu prendre pour la réaliser, chose qu'il est souvent difficile de prévoir avant les travaux. On ne doit pas lésiner avec la sécurité du public. Les mesures de protection déployées récemment pour l'Hôtel Wellington le démontrent clairement.

Le dévoilement de la murale avant son inauguration a aussitôt créé une onde de choc. Président de Destination Sherbrooke, parrain de l'oeuvre, le conseiller Rémi Demers estime avoir été pris de court, n'ayant pas eu le temps de l'expliquer. Ne lui en déplaise, les explications, même les plus justes n'auraient rien changé à la réaction spontanée des gens. Quand la murale du sculpteur Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec a été dévoilée en 1971, toute mise en contexte était superflue. La phrase du poète Claude Péloquin « Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves? C'est assez!», a fait scandale.

L'art relève beaucoup d'une appréciation personnelle. Elle plaît ou elle ne plaît pas. Président de MURIRS, Serge Malenfant assume bien cette réalité et son choix. Il dit vouloir faire référence au mode de vie des jeunes qui fréquentent la rue Wellington. Ceux-ci utilisent abondamment les réseaux sociaux et ne se formalisent pas de quelques mots d'anglais. Bien au contraire. Ils n'ont pas connu l'époque où il était parfois impossible de travailler en français au Québec ou de se faire servir en français chez Eaton.

Serge Malenfant se désole de la controverse. « Le coeur ne semble pas passer même s'il mesure 15 pieds de large », observe-t-il, en déclinant le mot « amour » en plusieurs langues. C'est peut-être là que réside la solution. Oui, il a bien raison d'affirmer que notre époque en a bien besoin, souhaitant que les Sherbrookois retiennent d'abord ce message universel.

Baptisée #Sherbylove, la murale témoigne d'une nouvelle réalité, soit celle des médias sociaux. Plusieurs les utilisent pour exprimer leur amour envers notre ville et c'est formidable de voir ainsi propager l'image de notre communauté.

S'il y a faute, ce n'est pas d'avoir écrit Sherbylove sur un mur, mais bien de ne pas avoir inclus une mention en français, SherAmour par exemple. Dans un contexte où l'affichage doit en principe donner préséance au français, il est facile de comprendre que certaines susceptibilités ont pu être froissées.

Tant qu'à parler d'affichage, il y a pire. Il est pour le moins étonnant que personne n'a jusqu'ici relevé qu'une entrée nord de Sherbrooke souhaite la bienvenue aux visiteurs uniquement en anglais. Un édifice arbore en grosses lettres les mots « Pick, Pack & Ship » et aucune protestation ne semble jusqu'ici avoir été formulée.

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