Le pari risqué de Donald Trump

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Gilles Vandal

(Sherbrooke) ANALYSE / Confronté à une spirale d'échec politique majeur, Donald Trump vient de remanier une troisième fois en trois mois l'organisation de sa campagne présidentielle. Après avoir embauché Paul Manafort pour diriger sa campagne en juin, il renvoyait quelques semaines plus tard Corey Lewandowski qui avait supervisé la campagne des primaires. Et maintenant, Manafort doit laisser la place à Steve Bannon et Kellyanne Conway.

Durant les primaires, Trump a ciblé la tranche la plus extrémiste de l'électorat américain. Cette stratégie lui a permis d'obtenir 14 millions de voix et le soutien de 45 % de l'électorat républicain. Mais ses sorties intempestives à l'égard des latinos, des musulmans, des noirs et des femmes avaient éloigné un pourcentage important de femmes et de modérés républicains, sans parler des indépendants.

Manafort avait bien tenté de mieux recadrer les attaques du candidat républicain pour lui donner une apparence plus présidentielle. En adoucissement son message et en le montrant plus inclusif à l'égard des minorités, Manafort espérait rendre les prises de position de Trump plus acceptables pour les républicains modérés et les indépendants.

Manafort savait que seule une telle stratégie pourrait permettre à Trump de multiplier par cinq son soutien lors des présidentielles afin d'obtenir les 70 millions de voix nécessaires pour gagner en novembre. Mais Trump se montrait fermé à une telle approche. Entre-temps, les signes de désarroi au sein de sa campagne devenaient de plus en plus évidents.

Au début d'août, la campagne de Trump a littéralement dérapé. Les sondages, alimentés par les controverses sur les codes nucléaires, la famille du héros américain d'origine afghane, l'invasion du Crimée, l'idée d'une élection truquée, et l'incitation à la violence pour protéger le 2e amendement, donnaient une avance de plus en plus grande à Hillary Clinton.

D'ailleurs, depuis janvier, le nombre d'Américains ayant une perception négative de Trump a augmenté de 58 à 65 %. Non seulement il était devenu incapable d'attirer l'électorat indépendant, mais un grand nombre de républicains modérés étaient de plus en plus rébarbatifs à lui accorder leur soutien. Par exemple, seulement 72 % des femmes républicaines, comparativement à 93 % pour Mitt Romney en 2012, étaient disposées à voter pour lui.

Des sondages alarmants montraient non seulement que Trump tirait fortement de l'arrière dans les États clés comme la Pennsylvanie ou la Floride, mais il risquait aussi de perdre des États habituellement acquis aux républicains comme la Géorgie. La campagne de Trump allait directement vers une défaite majeure. Clinton détenait une avance moyenne de 7,5 %, soit 44,5 % contre 37 %. Cette avance est presque insurmontable.

Comme Manafort n'avait pas réussi à recentrer la campagne de Trump et à le transformer en un candidat plus poli et plus discipliné, une nouvelle réinitialisation devenait nécessaire. À la mi-août, les signes d'une réorganisation importante du personnel de la campagne devinrent palpables.

Pour recadrer sa campagne, Trump s'est tourné vers Steve Bannon, un spécialiste des médias d'extrême droite. L'embauche de Bannon est significative. Ce dernier est renommé comme un batailleur de rue, comme une sorte de « pitbull » machiavélique, pour sa tendance à recourir à des attaques politiques vicieuses.

Comme responsable du réseau Breitbart, Bannon a alimenté la campagne de Trump sur les « blancs en colère ». En plus de soutenir les propositions populistes et nationalistes de Trump, Bannon a proposé que les États-Unis s'engagent dans une nouvelle guerre froide en prenant la direction d'une nouvelle croisade contre l'islam.

Pour sa part, Kellyanne Conway possède une vaste expérience dans l'analyse des sondages et le ciblage des électeurs. Sa nomination comme principale conseillère de Trump au plan stratégique est aussi très importante. Conway qui a une réputation irréprochable en tant que stratège, avait été l'artisane de la victoire républicaine de 1994.

Par ailleurs, Trump s'est adjoint Roger Ailes qui vient de démissionner comme président de Fox News sous des accusations de harcèlement sexuel. Ami de longue date de Trump, Ailes va aider à préparer ce dernier aux débats présidentiels contre Clinton. Ailes est un vieux routier politique qui a joué un rôle important pour refaçonner l'image de Nixon en 1968 et qui a aidé George W. Bush (père) à monter une campagne agressive contre Michael Dukakis en 1988.

Le présent remaniement est important. Néanmoins, les changements risquent d'être plus cosmétiques que réels. Si Trump accepte de mieux cibler son message, il est néanmoins déterminé à conserver son style abrasif et son attitude de franc-tireur. D'ailleurs, il déclarait le lendemain de cette réorganisation « Je suis qui je suis », ajoutant qu'il qu'il allait rester lui-même.

Le présent brassage du personnel n'inaugure pas donc un virage vers un débat d'idées. Les renommées de pugilistiques d'Ailes et Bannon laissent présager une campagne féroce où tous les coups seront permis. Ailes et Bannon ont été accusés dans le passé de promouvoir des histoires inexactes et de ne pas lésiner avec les questions d'éthique. On peut donc s'attendre à ce qu'ils soutiennent les pires instincts de provocateur de Trump. Le candidat républicain a fait donc un pari très risqué.

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