Un enjeu économique et social

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Les revendications  des syndicats et des groupes communautaires, appuyées par l'homme d'affaires Alexandre Taillefer, pour salaire un minimum à 15 $ l'heure soulèvent des questions d'ordre économique, notamment sur la capacité de payer des PME.

Elles amènent également des considérations sociales et morales puisque le salaire minimum actuel, de 10,75 $ l'heure, ne permet pas aux travailleurs, même à temps plein, de se sortir de la pauvreté.

Le récent Forum social mondial, à Montréal, a permis de mesurer la divergence entre les tenants d'une hausse et les représentants des PME et du patronat, qui s'y opposent, tout comme le ministre des Finances Carlos Leitao.

Mais cette rencontre de Montréal, tout comme le mouvement «Fight for $ 15» aux États-Unis, doit au moins permettre un débat sur les conditions de vie des travailleurs à faible revenu.

Or, fait inattendu, le premier ministre Philippe Couillard se montre favorable à un tel débat et dit vouloir améliorer le sort des bas salariés, mais sans nuire aux PME.

Hausser le salaire minimum à 15 $ l'heure est vu comme une question de justice sociale et un moyen de permettre aux employés à faible revenu d'améliorer leur sort.

Un travailleur à temps plein au salaire minimum (35 heures/semaine) gagne 19 565 $ par année, avant impôt, donc sous le seuil du faible revenu. Selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, le salaire horaire «viable» devrait être de 14,25 $.

Au Québec, plus de 200 000 personnes, en majorité des femmes, touchent le salaire minimum, tandis que 455 000 salariés gagnent 11,80 $ l'heure ou moins et qu'un million de travailleurs sont payés moins de 15 $ l'heure, selon des données citées par la FTQ.

Est-il normal, par exemple, qu'une employée dans une résidence pour personnes âgées soit rémunérée 12,50 $ l'heure (en moyenne), alors que son travail exige des compétences techniques et relationnelles, sans compter beaucoup d'empathie ?

Il va de soi que le propriétaire d'un petit commerce de détail aurait de la difficulté à voir le salaire minimum passer abruptement de 10, 75 $ à 15 $ l'heure. Mais qu'en est-il des grandes chaînes comme Wal Mart ou Home Depot, qui réalisent des milliards $ en profits par année ?

Les PME, le Conseil du patronat et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) estiment qu'une telle hausse aurait un impact négatif sur les petites entreprises, particulièrement dans le secteur du commerce de détail, de l'hébergement et de la restauration, ce qui se traduirait selon eux par une augmentation du prix des produits et des services ou par des mises à pied.

La FCEI fait valoir que bien que le salaire moyen soit de 19 $ l'heure dans les PME québécoises, c'est là où on retrouve le plus de travailleurs au salaire minimum.

Elle soutient aussi que les entreprises doivent préserver l'équité salariale et craint qu'une hausse du salaire minimum incite les travailleurs mieux rémunérés à demander eux aussi une augmentation.

L'organisme privilégie plutôt une approche fiscale, notamment un crédit d'impôt pour les bas salariés ou une hausse de l'exemption personnelle de base, actuellement fixée à 11 000 $.

On pourrait ajouter la lutte au décrochage scolaire et l'acquisition de compétences.

Toutes ces propositions méritent d'être considérées.

Il ne faut pas menacer la survie des petites entreprises, mais peut-on tolérer que des centaines de milliers de personnes travaillant à temps plein vivent sous le seuil de la pauvreté ?

Au-delà des considérations économiques, cet enjeu tient aussi à une volonté politique d'améliorer le sort des travailleurs à faible revenu.

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