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ÉDITORIAL / Depuis la publication de la photo du petit Omran, 5 ans, le corps... (Archives, La Presse)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Depuis la publication de la photo du petit Omran, 5 ans, le corps ensanglanté et le regard vide après avoir été rescapé d'un bombardement à Alep, en Syrie, il y a quelques jours, de nombreuses voix se sont élevées pour affirmer que cette image doit « secouer les consciences du monde ».

Malheureusement, l'histoire de ce garçon n'a rien d'exceptionnel.

Aussi bouleversante soit-elle, cette photo ne fait que témoigner de l'horreur quotidienne que vivent les Syriens dans ce conflit dont l'origine remonte au « printemps arabe » de 2011, qui a dégénéré en une révolte sanglante où les groupes de belligérants de différentes allégeances se sont multipliés.

C'est aussi le symbole de notre indifférence.

Car, chaque jour, des enfants sont tués, blessés ou amputés à Alep, dont les quartiers aux mains des rebelles sont assiégés depuis plusieurs semaines par les forces syriennes, tout comme ailleurs dans ce pays.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, plus de 14 700 enfants ont été tués depuis 2011 en Syrie, la grande majorité lors de bombardements. D'autres sont morts de faim ou par manque de médicaments dans les régions assiégées.

S'en est-on ému pour autant?

Les internautes vont se partager la photo d'Omran pendant encore quelques jours, la commenter et maudire la guerre en Syrie, puis ils passeront rapidement à autre chose.

Et cela ne sera pas la première fois.

Souvenons-nous de l'émoi causé par la photo du petit syrien Aylan Kurdi, dont le corps avait échoué sur une côte de la Turquie en septembre 2015, une image qui, disait-on, allait enfin faire prendre conscience au monde du drame des migrants fuyant la guerre qui périssaient en mer Méditerranée en tentant de rejoindre l'Europe.

Pendant un temps, les médias ont fait régulièrement état du nombre de noyés en Méditerranée avec des photos de désespérés à bord d'embarcations surchargées tendant les bras vers le ciel, comme un appel à nos consciences.

Mais un an plus tard, on ne parle presque plus de ce drame.

Pourtant, cette tragédie se poursuit : le nombre de migrants morts en Méditerranée est même en forte augmentation depuis le début de cette année comparativement à 2015.

Pas moins de 3700 migrants ont péri en mer l'an dernier selon les chiffres de l'Organisation internationale des migrations (OIM), alors que près de 2900 ont subi le même sort durant les six premiers mois de 2016, soit près du double par rapport au premier semestre de 2015.

Il est vrai que le conflit syrien est loin de nous, qu'il est très complexe et nous donne un sentiment d'impuissance mêlé au désarroi et à la colère.

Cela peut-il expliquer pourquoi il est si difficile de se mobiliser devant tant d'horreur et de faire pression sur les gouvernements occidentaux afin que le règlement de cet abominable conflit devienne une priorité?

Depuis cinq ans, la guerre en Syrie a fait entre 260 000 et 470 000 morts, selon les sources, qu'il s'agisse des familles mortes sous les bombardements aveugles du régime de Bachar el-Assad, de victimes des islamistes radicaux comme le groupe État islamique ou d'autres groupes belligérants, de détenus morts de faim et de sévices ou encore de personnes malades qui n'ont pas survécu.

Et selon Unicef, 3,7 millions d'enfants sont nés depuis le début du conflit, des vies à jamais marquées par la violence, la peur et l'errance.

Aylan et Omran ne sont finalement que des visages parmi d'autres qui témoignent d'une tragédie sans fin devant laquelle les Occidentaux et leurs gouvernements semblent pour la plupart indifférents.

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