L'influence du Parti libertarien

Le chef du Parti libertarien, Gary Johnson.... (The New York Times)

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Le chef du Parti libertarien, Gary Johnson.

The New York Times

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Gilles Vandal

(Sherbrooke) CHRONIQUE / L'influence des tiers partis est règle générale minime dans le système électoral américain, dominé par la compétition en deux grands partis. Néanmoins, il leur arrive épisodiquement de venir brouiller les cartes. Cela fut le cas en 1992, alors que Ross Perot, avec 19 % des votes, permit l'élection de Bill Clinton contre le président Bush (père). Les 2,5 % de Ralf Nader en 2000 ont assuré l'élection de George W. Bush contre Al Gore.

En 2016, le Parti libertarien, avec Gary Johnson, offre clairement un autre choix pour les électeurs insatisfaits par les candidats des deux principaux partis. De plus, Johnson, qui a obtenu deux mandats comme gouverneur du Nouveau-Mexique, possède une expérience administrative importante.

Par ailleurs, Gary Johnson est une personne affable qui apparaît beaucoup plus comme un candidat digne de confiance que ses deux principaux concurrents. Adoptant une attitude toujours pondérée, il se montre respectueux à l'égard de ses adversaires. Il évite systématiquement de dénigrer ceux-ci par de gros mots ou d'émettre des remarques acrimonieuses sur leur personnalité. Il se limite à critiquer leurs idées et leur programme.

Face à la polarisation du processus politique, Johnson cherche à se positionner dans la frange centrale du spectre électoral. Cette approche lui permet de présenter un programme qui attire des électeurs des deux côtés. Contrairement à la perception populaire, le programme politique du Parti libertarien ne se limite à une idéologie de droite. Il attire aussi beaucoup de gens de la gauche.

Ce parti se positionne entre la gauche et la droite, entre le parti démocrate qui défend les libertés civiles tout en préconisant un contrôle de l'État sur les affaires économiques, et le parti républicain qui soutient une position inverse. Le Parti libertarien préconise ainsi une plus grande liberté à la fois au plan économique et sur le plan des libertés civiles.

Tout en proposant une diminution de la réglementation de l'État dans l'économie, il s'oppose à l'utilisation de licences professionnelles pour protéger de puissants intérêts économiques au détriment de groupes pauvres ou plus marginaux. Opposé au capitalisme de copinage, il s'oppose aux programmes de subventions économiques accordées aux grandes corporations et aux plans de sauvetage de grandes compagnies ou banques. Par contre, il est pour une augmentation des taxes sur les gains en capital.

De plus, les prises de position du Parti libertarien en faveur d'une plus grande ouverture à l'immigration, de la reconnaissance des droits des personnes transgenres, des gais et des lesbiennes, du droit des femmes à l'avortement, de la légalisation de la marijuana et de la dépénalisation de la prostitution, permettent à Gary Johnson d'attirer un segment important des militants américains les plus progressistes. Plus encore, il mine le soutien que Mme Clinton pouvait espérer de ces groupes libéraux.

En ce qui concerne la politique étrangère, Johnson a abandonné la position isolationniste traditionnelle des libertariens qui s'opposait à toute intervention des États-Unis hors de leurs frontières nationales. Johnson est opposé à toute intervention décidée unilatéralement par l'exécutif. Par contre, il est d'accord avec une intervention qui serait décidée par le Congrès après un débat où il aurait été clairement démontré que la sécurité nationale américaine est menacée.

Aux électeurs américains désabusés par la présente campagne présidentielle, qui trouvent que cette élection est devenue une simple affaire de salissage, qu'ils ne peuvent pas faire confiance à Donald Trump ou à Hillary Clinton, ou qui sont simplement déprimés par le présent cirque électoral, le Parti libertarien offre une alternative pour voir clair dans le présent chaos politique.

Le soutien du Parti libertarien au renforcement du filet social pour les plus démunis et les groupes incapables de profiter du dynamisme d'une économie libérale attire une portion importante des groupes radicaux qui militaient pour Bernie Sanders. Par exemple, le Parti libertarien milite en faveur d'un revenu minimum de base comme une alternative au présent système paternaliste de protection sociale. Aussi, Johnson compte sur le sentiment progressiste pour élargir sa base électorale au détriment de Mme Clinton.

De nouveau en 2016, un tiers parti, le Parti libertarien, pourrait donc venir brouiller les cartes de l'élection présidentielle américaine. Mais pour cela, Gary Johnson devrait d'abord obtenir 15 % dans les sondages nationaux. Ce pourcentage est nécessaire pour obtenir une participation aux débats présidentiels.

Or, présentement les sondages oscillent autour de 12 % en sa faveur. Avec la désaffection vis-à-vis des deux grands partis, Johnson a de réelles chances d'atteindre cet objectif. S'il atteint les 15 %, il obtiendra alors la visibilité nécessaire pour perturber les élections présidentielles.

À l'heure actuelle, Johnson pourrait enlever autant de votes à Hillary Clinton qu'à Donald Trump. Mais dans une lutte à trois, tout est possible. Johnson pourrait même priver les deux candidats principaux des votes électoraux dont ils ont besoin pour obtenir la majorité au collège électoral. Or, si aucun candidat n'obtient les 270 votes nécessaires, la Chambre des représentants, dominée par les républicains, doit déterminer le vainqueur à partir des trois meilleurs candidats. Donald Trump pourrait ainsi devenir président par défaut.

Gilles Vandal est professeur à la retraite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

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