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Les médias en région, un apport à la vitalité des arts et de la culture

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À la veille de la consultation sur le renouvellement de la politique culturelle au Québec, le 29 août à l'Université de Sherbrooke, voici une réflexion sur l'importance des médias comme apport à la vitalité sur le territoire des arts et de la culture.

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Sylvie L. Bergeron, présidente du Conseil de la culture de l'Estrie

Archives, La Tribune

Les nombreuses discussions de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec autour des médias en région et celles qui ont jalonné les États généraux des arts et de la culture en Estrie au cours des dernières années, questionnent la juste reconnaissance du secteur culturel au Québec.

Qu'il s'agisse de promouvoir les arts et la culture, de les faire apprécier du public ou de susciter l'adhésion des différents secteurs socio-économiques au rôle que devrait occuper ce quatrième pilier du développement durable, les médias peuvent renforcer les particularités culturelles régionales par un travail réciproque de collaboration. Nul besoin alors de rappeler que ceux-ci jouent un rôle essentiel de la vitalité culturelle et du tissu distinctif des milieux qu'ils desservent. On peut même établir un lien entre le défi démocratique et la couverture locale de l'information.

Ici, en Estrie, nous pouvons compter sur une certaine diversité, autant des médias écrits qu'électroniques. Grâce à eux, les populations francophone et anglophone ont cohabité dans le grand respect de leurs valeurs et différences. Il en est ainsi de plusieurs autres communautés, celles notamment des régions éloignées, pour lesquelles les médias représentent une réelle courroie de transmission. Souvent, ils constituent les seuls liens qui les connectent au village global. Avec la multiplication de familles venues d'ailleurs, c'est encore plus vrai aujourd'hui, car les moyens de communication participent à la cohésion sociale, un des défis imminents du 21e siècle.

Avant la mise à jour de la politique culturelle du Québec qui date de 1992, le milieu des arts a maintes fois livré un plaidoyer en faveur d'un financement adéquat des médias en région. À plusieurs reprises, les artistes, les organismes et les travailleurs culturels ont été nombreux à défendre leur bien-fondé et illico celui du développement de leur communauté. Qu'il ait été question, par exemple, de la sauvegarde de la salle de rédaction de TQS, de la survie de CFLX, de l'implantation de Radio-Canada en Estrie, de la fermeture du bureau de Télé-Québec à Sherbrooke, de l'ouverture de la radio coopérative CIGN à Coaticook ou du déménagement à Montréal de la production locale de TVA, les artistes ont toujours répondu présents. Et s'ils se sentent interpellés par la fragilité de leurs médias, tant communautaires que privés, force est d'admettre que les productions artistiques et culturelles n'existent ni ne se déploient sans leur précieux concours.

La conférence à l'automne de Jean-François Dumas, président d'Influence communication, sur l'importance des médias en région, donne ainsi raison au milieu culturel. Comme il le rapporte dans son bilan 2015 de L'état de la nouvelle, on a diffusé en 2015 près de 1,7 million de nouvelles locales et régionales, le secteur de la culture ayant connu un bon essor médiatique. De ce survol, nous retiendrons qu'«il est louable que chaque région s'intéresse à elle-même, mais globalement l'intérêt porté aux régions a chuté comme neige au soleil». De son point de vue, il qualifie ce phénomène de «macdonalisation de l'information», causée par une polarisation autour des mêmes sujets et enjeux. La mise en réseau des médias s'avère donc défavorable aux régions: elle contribue à leur effacement progressif et ipso facto à l'appauvrissement de la diffusion des arts et de la culture.

Quoique l'Estrie s'en tire bien, la quantité et la qualité de la couverture ne cessent de diminuer. Doublées à la «spectacularisation» des contenus et au cynisme de la métropole, voire de la capitale, les difficultés financières des imprimés locaux et des médias électroniques constituent des facteurs qui affaiblissent le vivre-et-créer-ensemble. C'est ce que confirme la présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Lise Millette: «L'absence des régions dans les médias nationaux est très préoccupante. Cette réalité, ajoutée à la convergence et à la concentration des médias, affecte la diffusion des arts et de la culture, en plus de toucher à toutes les régions. Dans un contexte où on peut se donner facilement un accès, vous êtes en train d'éteindre nos voix, de faire en sorte que les régions n'existent plus.»

Or, pour conserver notre identité et favoriser la rétention de la main-d'oeuvre en région, dont celle des artistes, il faut considérer avec plus de vision l'apport des médias chez nous. Même si le gouvernement intervient, entre autres, pour la préservation des contenus francophones et le maintien de Télé-Québec qui a développé une expertise en matière de réalisations et de partages de produits culturels, pourquoi ne pas favoriser un meilleur éventail des médias au Québec? Non seulement ceux-ci jouent-ils un rôle indéniable dans la participation citoyenne, mais ils encouragent la démocratisation de la culture et la pluralité des arts vivants sur le territoire.

En ce sens, puisque l'excellence artistique, qu'elle se conçoive dans la métropole ou en province, nécessite les mêmes conditions de pratiques et de reconnaissance, reprenons à juste titre les propos du Cahier de consultation du renouvellement de la politique culturelle.

Si, par leurs fonctions éducative, délibérative et distractive, les médias diminuent la distance qui sépare le citoyen de l'art et de la culture, entendus comme vecteurs d'intégration, de socialisation et de démocratisation, «il en va du rôle de l'État de s'assurer que les Québécois, quelles que soient leur origine et la région où ils habitent, puissent y avoir accès. Autrement, l'État doit atténuer les obstacles qui risquent d'éloigner le citoyen de la vie culturelle, et aussi de faire en sorte que nul ne se sente exclu de la fréquentation de la culture ni de la pratique culturelle».

Sylvie L. Bergeron, présidente

Conseil de la culture de l'Estrie

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