Une responsabilité à partager

ÉDITORIAL / L'arrestation d'un jeune serveur du restaurant Le Tapageur, à la... (Archives, La Presse)

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(Sherbrooke) ÉDITORIAL / L'arrestation d'un jeune serveur du restaurant Le Tapageur, à la suite d'une plainte pour négligence criminelle pour avoir servi un tartare de saumon à un client allergique, qui a failli en mourir, suscite avec raison des inquiétudes dans le milieu de la restauration.

Cette affaire, inédite au Canada, soulève évidemment des questions sur le comportement du serveur, mais aussi sur celui du client.

Elle remet aussi à l'avant-plan le problème des allergies alimentaires qui affectent de plus en plus de personnes, tout comme la question de la responsabilité partagée des employés de la restauration et des personnes qui souffrent de cette affection chronique.

Mais où doit-on tracer la ligne ?

On sait encore peu de chose sur cet événement, dévoilé par La Tribune la semaine dernière, sinon que le serveur aurait présenté par erreur un tartare de saumon à un homme de 34 ans qui soutient lui avoir indiqué au préalable qu'il était sévèrement allergique à ce type de poisson et avoir commandé un tartare de boeuf.

Il est certes étonnant que le garçon de salle ait pu servir à ce client un plat exactement à l'opposé de ce qu'il avait commandé, ce qui aurait pu avoir des conséquences très graves sans l'intervention de deux médecins présents dans la salle, avant l'arrivée des ambulanciers.

Le client a dit être demeuré aux soins intensifs durant une semaine et avoir subi un arrêt cardiaque. Il s'est remis, mais affirme souffrir d'un traumatisme.

Le serveur, on l'imagine, a été bouleversé par cette mésaventure.

Il ne nous appartient pas ici de juger si ce dernier a été distrait ou s'il a fait preuve de négligence, d'autant plus que la Direction des poursuites criminelles et pénales est à évaluer s'il y a lieu que des accusations de négligence criminelle soient portées contre lui, ce qui serait une première au Canada dans un tel contexte.

Toutefois, n'est-il pas tout aussi étonnant que le client, se sachant allergique au saumon et aux fruits de mer, n'ait pas pris la peine d'avoir sur lui un auto-injecteur EpiPen, à plus forte raison que le risque zéro n'existe pas en matière d'allergies ?

Il s'agit là d'une question de responsabilité personnelle, d'autant plus qu'il est reconnu qu'une dose d'adrénaline très concentrée peut à tout le moins atténuer une réaction allergique aigüe et diminuer les risques de mort.

L'ampleur de cette affaire a rapidement fait réagir le milieu de la restauration au point où l'Association des restaurateurs du Québec a évoqué la possibilité que les propriétaires puissent dorénavant refuser de servir les clients allergiques.

Il s'agit peut-être là d'une solution extrême.

La meilleure avenue ne serait-elle pas que chaque restaurateur ait en sa possession un auto-injecteur EpiPen en cas de besoin, en plus d'exercer le meilleur contrôle possible des produits allergènes et des risques de contamination croisée ?

Toutefois, de telles mesures ne doivent pas dispenser les clients qui souffrent d'allergies alimentaires d'avoir un EpiPen sur eux et de redoubler de prudence lorsqu'ils se font servir leur plat. C'est même là leur responsabilité première.

Le risque zéro, répétons-le, n'existe pas et les serveurs, après tout, ne sont pas des infirmiers ni des médecins.

Cette histoire, souhaitons-le, permettra à tous, clients, serveurs et cuisiniers d'intégrer la notion de responsabilité partagée en matière de vigilance quant aux risques que posent les allergies alimentaires.

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