Trop risqué

ÉDITORIAL / Avant de prendre officiellement position sur le projet de pipeline... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Avant de prendre officiellement position sur le projet de pipeline d'Énergie Est, le gouvernement Couillard devrait regarder ce qui se passe à Prince Albert, en Saskatchewan, une municipalité de 35 000 personnes qui a dû fermer sa station de traitement des eaux et décréter l'état d'urgence à la suite du bris d'un oléoduc de la compagnie Husky Energy, le 21 juillet.

Cet accident a entraîné le déversement de près de 250 000 litres de pétrole dans la rivière Saskatchewan Nord, la source d'eau potable de Prince Albert et de dizaines de milliers d'autres citoyens des environs.

Pendant que la Saskatchewan Water Security Agency poursuit ses analyses d'eau, les municipalités touchées ignorent combien de temps nécessitera le nettoyage de la rivière et ont imposé de mesures draconiennes pour limiter la consommation d'eau.

Les autorités ont même installé une conduite d'eau temporaire de 30 kilomètres de longueur, à partir d'une autre source d'eau, pour approvisionner Prince Albert, en souhaitant que la situation se rétablisse avant le gel.

Quant à la pétrolière Husky Energy, elle a mis 14 heures avant d'aviser le gouvernement provincial de la fuite, survenue sous terre, ce qui soulève énormément de questions sur la fiabilité des mécanismes de surveillance et d'alerte, de même que sur le sens des responsabilités de cette entreprise.

Peut-on imaginer un seul instant qu'un tel scénario se produise dans la région de Montréal, où vivent plus de trois millions de personnes, advenant un bris de l'oléoduc Énergie Est que projette de construire TransCanada?

Celui-ci transporterait chaque jour 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l'Ouest canadien vers le Nouveau-Brunswick, pour exportation.

S'il reçoit le feu vert de l'Office national de l'énergie et l'assentiment du gouvernement du Québec, il traversera 69 municipalités québécoises et plus de 800 cours d'eau, dont les rivières des Outaouais et Saint-Maurice, ainsi que le fleuve Saint-Laurent.

Or, de l'avis de nombreux experts et groupes écologistes, un bris dans la région de Montréal, où le fleuve Saint-Laurent, ainsi que les rivières des Prairies, des Mille-Îles et l'Assomption pourraient être menacées, aurait des conséquences inimaginables compte tenu des quantités de pétrole transporté.

Dans un mémoire présenté en mai dernier, les enseignants du Centre national de formation en traitement de l'eau des Trois-Lacs, l'un de deux centres spécialisés en ce domaine au Québec, indiquaient que la majorité des stations de purification de la région de Montréal n'ont pas de prise d'eau de rechange, donc pas de plan « B ».

Les municipalités auraient donc le choix entre distribuer de l'eau non conforme ou fermer leurs stations de traitement des eaux, avec les conséquences que cela aurait pour la population, les hôpitaux, les entreprises, voire les services d'urgence.

TransCanada affirme évidemment que la sécurité est sa « priorité absolue », ce qui n'a pas empêché son oléoduc Keystone d'être à l'origine de plusieurs fuites depuis sa mise en service en 2010, dont la plus récente, entraînant un déversement de 16 800 gallons au Dakota du Sud en avril dernier, n'avait pas été détectée par la compagnie, mais par un passant.

Selon l'Office national de l'énergie,

750 incidents se sont produits le long des principaux pipelines au Canada depuis 2008, dont une cinquantaine considérés importants.

La Communauté métropolitaine de Montréal a dit non au projet Énergie Est en janvier dernier, estimant que les retombées économiques seraient minimes et que les risques seraient trop grands.

En juin dernier, la Colombie-Britannique s'est adressée aux tribunaux pour bloquer le projet d'expansion du pipeline Trans Mountain pour les mêmes motifs.

Tout cela devrait faire réfléchir le gouvernement du Québec et les citoyens.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer