Illogique et dangereux

ÉDITORIAL / Le discours protectionniste du candidat républicain Donald Trump... (The New York Times)

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The New York Times

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Le discours protectionniste du candidat républicain Donald Trump inquiète avec raison les dirigeants d'entreprises canadiennes exportatrices qui, l'an dernier, ont vendu pour près de 350 milliards $ en biens et en services aux États-Unis, qui demeurent de loin le principal partenaire commercial du Canada.

Il est difficile de savoir jusqu'où ira le chef républicain dans sa volonté de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain, entré en vigueur en 1994, s'il est élu président en novembre.

Mais, chose certaine, le Canada devra négocier ferme pour préserver ses acquis. Renégocier un accord commercial n'est pas une mince affaire, de plus M. Trump devra obtenir l'assentiment du Congrès.

Il n'empêche que les propos du candidat républicain trouvent écho auprès de millions de travailleurs américains qui ne sont pas remis de la crise financière de 2008-2009 et qui attribuent leurs difficultés à l'ALÉNA, particulièrement à la sous-traitance et à délocalisations d'entreprises vers le Mexique, troisième partenaire commercial des États-Unis.

Bien que le taux de chômage officiel aux États-Unis soit de seulement 4,9 pour cent, un des niveaux les plus bas des dernières années, de nombreux travailleurs inactifs ne figurent pas dans les statistiques, tout comme les personnes qui ont abandonné la recherche d'un emploi, ce qui constitue un terreau fertile pour M. Trump qui table sur le ressentiment de ces électeurs, alors que le problème est davantage lié à la répartition inégale de la richesse.

Dans le cas du Mexique, les États-Unis ont enregistré un déficit commercial de 58 milliards $ en 2015 pour les échanges de biens, mais un surplus de 9,2 milliards $ pour ce qui est des services, selon les données du groupe de réflexion indépendant Council on Foreign Relations, ce qui se traduit par un déficit global de près de 49 millions $, l'un des plus bas des 30 dernières années.

Mais en imposant des tarifs douaniers au Mexique, M. Trump ne se trouverait-il pas à pénaliser indirectement les constructeurs automobiles américains qui importent des pièces fabriquées chez leur voisin du Sud et qui devraient forcément augmenter leurs prix?

Parallèlement, le Canada, second fournisseur des États-Unis, y a exporté pour 295 milliards $ de biens (principalement des produits pétroliers, des véhicules, de la machinerie et du plastique), 22 milliards $ de produits agricoles et 30 milliards $ de services en 2015.

Or s'il est vrai que le déficit commercial des États-Unis avec le Canada a été de 15 milliards $ pour les biens l'an dernier, les Américains ont enregistré en contrepartie un surplus de 27 milliards $ pour ce qui est des services, de sorte qu'ils sont gagnants, quoi qu'en dise Donald Trump.

De plus, les États-Unis exportent beaucoup de produits agricoles et de services, notamment en informatique et en transport, tant au Canada qu'au Mexique.

Malgré ce bilan somme toute favorable aux États-Unis, les propos incendiaires du candidat Trump au sujet du libre-échange font recette.

À cela s'ajoutent les critiques d'économistes et de politiciens américains, de droite comme de gauche, au sujet de l'ALÉNA, qu'ils accusent notamment d'avoir entraîné des délocalisations d'entreprises et d'avoir favorisé des inégalités de revenus.

Même la candidate démocrate, Hillary Clinton, exprime des réserves au sujet de cet accord, bien que le Council on Foreign Relations note que les constructeurs automobiles, surtout américains, tout comme les fabricants de produits électroniques, de machineries et d'électroménagers des trois partenaires de l'ALÉNA ont profité de l'accord en réduisant leurs coûts et en devenant plus compétitifs.

En réintroduisant des tarifs sur les importations du Mexique et du Canada, les États-Unis risquent de déclencher une guerre commerciale qui nuirait à leur propre économie et à celle de ses deux partenaires.

La logique de Donald Trump ne tient pas la route.

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