Le Phénix bat de l'aile

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / Le nouveau système mis en place par le gouvernement fédéral pour payer le salaire de ses 300 000 fonctionnaires éprouve de sérieuses difficultés. Baptisé Phénix, ce système de paie a été introduit en février. Depuis, près de 80 000 fonctionnaires ont touché moins ou plus que ce qui leur était dû. Dans les pires cas, certains n'ont rien encaissé.

À l'origine de ce cafouillis, pure coïncidence, on retrouve une décision du précédent gouvernement de Stephen Harper. En 2010, celui-ci a choisi d'investir 300 M$ afin de moderniser le système de paie et de pensions du Canada. À sa décharge, ce vétuste système menaçait de s'effondrer selon la vérificatrice générale de l'époque.

Une enquête de La Presse+ avait d'ailleurs démontré que de dizaines de millions ont été versés en trop aux fonctionnaires. Ainsi, au 21 décembre dernier, 9420 employés devaient plus de 14,3 M$ à l'État, soit 1551 $ en moyenne.

Pour justifier sa décision, le gouvernement Harper a fait miroiter que le Phénix allait entraîner des économies de 70 M$ chaque année. C'était évidemment trop beau pour être vrai. De fait, il en coûtera entre 15 et 20 M$ pour réparer les pots cassés. C'est sans compter les compensations qui devront être versées aux fonctionnaires qui ont été forcés d'emprunter pour survivre sans paie. Au mieux, Ottawa pense avoir réglé l'ensemble des problèmes avant le 31 octobre prochain.

Dans une première phase d'implantation, le gouvernement Harper a d'abord choisi de centraliser tous les services de rémunération à Miramichi. Plusieurs fonctionnaires de carrière parmi les plus qualifiés n'ont évidemment pas accepté de quitter le luxe de la capitale pour les profondeurs du Nouveau-Brunswick. La haute direction de la fonction publique a admis que les besoins de formation du personnel avaient été sous-estimés. Selon l'Alliance de la fonction publique, les employés de Miramichi sont littéralement débordés et croulent sous la pression.

La seconde phase prévoyait la mise en marche du Phénix en octobre dernier. Les élections et sans doute le manque de préparation ont convaincu le fédéral de reporter le démarrage de quelques mois. L'oiseau de malheur n'a malheureusement pas ressuscité de ses cendres comme le célèbre volatile de la mythologie grecque.

Trop fréquent, ce genre d'erreur demeure inacceptable. Comme il s'agit de l'argent des contribuables et que personne n'est en fin de compte redevable, les contrôles sont relâchés. Le registre des armes à feu en est un exemple éloquent. Quoique indispensable, celui-ci devait coûter une centaine de millions à l'origine. Il a nécessité plus d'un milliard en fonds publics.

L'État a le devoir de bien traiter ses serviteurs. Si les politiciens passent, dit-on, les fonctionnaires restent. L'excellence de la fonction publique est essentielle à la bonne marche des affaires publiques. Le premier devoir consiste à bien les payer. Parlez-en au Parti québécois, toujours hanté dans la région de Québec par la réduction des salaires de 20 % décrétée en 1982 par René Lévesque.

La décision des conservateurs de concentrer les activités au Nouveau-Brunswick n'est pas mauvaise en soi. Il est bon de voir des services gouvernementaux s'implanter en région, à l'extérieur des grands centres et de la capitale. Il s'agit d'une excellente façon de soutenir l'économie de régions défavorisées ou en difficulté.

Tous reconnaîtront que l'arrivée du centre de géomatique et du centre fiscal de Revenu Canada a constitué pour Sherbrooke et Shawinigan de formidables acquis. Encore faut-il le faire avec intelligence et rigueur.

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