Brexit : le nouveau refus global

La démocratie n'est pas le meilleur système politique... (Archives La Voix de l'Est)

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La démocratie n'est pas le meilleur système politique uniquement quand le résultat de l'élection ou du référendum est conforme aux intérêts des détenteurs du pouvoir.

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Point de vue
La Tribune

Ce ne sera probablement ni la première ni la dernière fois qu'un vote populaire qui va à l'encontre de la pensée dominante de la classe politique est taxé de populiste pour mieux le discréditer. Toute la classe politique occidentale ferait peut-être bien d'y réfléchir à deux fois. La démocratie n'est pas le meilleur système politique uniquement quand le résultat de l'élection ou du référendum est conforme aux intérêts des détenteurs du pouvoir.

Le vote a été taxé de populiste entre autres parce qu'il aurait porté, non pas sur l'Union européenne, mais sur « l'immigration ». Le résultat serait donc un indice de xénophobie sinon d'islamophobie! Pourtant, l'immigration est une des caractéristiques dominantes de la race humaine depuis ses tout débuts et les vagues d'immigration que nous connaissons maintenant ne sont pas les plus importantes que l'humanité ait connues. À la différence près que ce sont probablement les premières à être gérées à l'enseigne de politiques dites multiculturalistes qui tentent de nous faire confondre diversité, un fait, et multiculturalisme, une politique. [...]Avant donc de rejeter les préoccupations dites populistes pour la question de l'immigration, il faudrait peut-être commencer par dissocier diversité et multiculturalisme pour permettre une réflexion moins dogmatique et bien-pensante sur la question de l'intégration.

Le vote a aussi été taxé « d'isolationniste », péché impardonnable contre le commandement de l'Église du libre-échange. Encore une fois, attention, autant Barack Obama lors de sa toute récente visite d'adieu au Canada, que Hillary Clinton, en pleine campagne présidentielle, se sont permis d'exprimer des doutes sur les effets de la globalisation, cette dernière disant ouvertement que les bénéfices attendus ne sont pas au rendez-vous.

Le vote a aussi été accolé au monde « myope » des cols bleus qui n'y auraient vu qu'une occasion de manifester leurs frustrations. Mais le libre-échange n'a-t-il pas produit de nombreux chômeurs, un plafonnement des salaires et un rétrécissement de la classe moyenne dans les pays dits développés en même temps qu'une toute petite augmentation des salaires dans les pays qui ont accueilli ces emplois assortis de conditions de travail à la chaîne dignes du Moyen-Âge?

Enfin, le monde de la finance, après avoir averti de l'imminence du chaos, menace maintenant de décote et d'effondrement. Beaucoup d'autres voient pourtant la progression d'un monde à deux vitesses : les 99 % versus les 1 %, l'économie de production lymphatique versus l'économie financière galopante, des élites ploutocratiques triomphantes devant les élus versus des élites politiques aplaventristes devant le « privé »!

Il vaudrait peut-être mieux voir ce vote comme une occasion en or de remettre en question le multiculturalisme et l'économisme, le libre-échange et la financiarisation pour les remettre sur les rails de l'harmonie et de la prospérité partagées.

Si ce ne sont pas les élites politiques modérées qui saisissent l'occasion, ce seront les élites politiques plus à droite qui s'en saisiront. Nous verrons alors si les rêves d'une gauche plus éveillée ne seraient pas préférables aux illusions d'une droite aux aguets.

Robert Poupart

Professeur honoraire (UQAM) et ex-recteur d'université (Bishop' s)

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