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Une campagne présidentielle sous le signe de la peur et du mensonge

Plusieurs médias ont comparé Donald Trump à Adolf... (The New York Times)

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Plusieurs médias ont comparé Donald Trump à Adolf Hitler.

The New York Times

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Gilles Vandal
La Tribune

ANALYSE / L'émergence de Donald Trump représente un phénomène unique dans l'histoire américaine. Les États-Unis se sont développés comme un pays de tolérance, de diversité et d'ouverture à l'extérieur, valeurs au centre de la démocratie américaine. Mais contrairement à ses prédécesseurs, Trump ne mise pas sur ces valeurs.

Donald Trump cherche plutôt à attiser la colère, la haine, la division et le désespoir dans la population américaine. En ce sens, il diffère largement par exemple de Ronald Reagan ou Barack Obama qui ont tous deux électrisé les États-Unis en 1980 et en 2008 en proposant une vision reposant sur l'espoir.

Trump propose de redonner aux États-Unis leur grandeur passée, sans préciser toutefois à quelle période se situe ce présumé âge d'or. Il affirme simplement que sous la présente administration, les États-Unis ont sombré dans le chaos et que le reste du monde se moque des Américains.

Pourtant, tous les indicateurs montrent les progrès réalisés depuis 50 ans par la société américaine. Non seulement, les États-Unis sont toujours la première puissance économique et militaire du monde, mais même à l'intérieur, les indicateurs économiques et sociaux montrent les progrès réalisés depuis 1945.

Que ce soit sur le plan de l'innovation, de l'emploi ou de l'énergie, les États-Unis sont premiers. Par exemple, depuis 2010, les États-Unis ont créé, avec 14 millions de nouveaux emplois, plus d'emplois que les 35 économies les plus avancées réunies.

En dépit des attentats terroristes, des tueries collectives et des homicides individuels, le nombre de morts violentes est en chute libre. Il en va de même de la criminalité en général.

Les faits contredisent le discours de Donald Trump. Pourquoi alors beaucoup d'Américains sont-ils séduits par sa rhétorique démagogique? Un grand nombre de médias américains établissent comme explication simple une comparaison entre Donald Trump et Adolf Hitler.

Cette comparaison pourrait apparaître pour le moins discutable si ce n'était le fait que des journaux prestigieux (Chicago Sun, Times, Guardian, New York Daily, New York Times, Washington Post), des magazines renommés (Breibart, Daily Beast, New Yorker, Vanity Fair) et de grandes chaînes de TV (CNN et CNBC) se sont prêtés à cet exercice.

Bien sûr, Trump, malgré sa mégalomanie et sa personnalité narcissique, n'est pas Hitler. Mais la comparaison mérite quand même d'être faite, car dans sa rhétorique démagogique, Trump s'inspire d'Hitler. D'ailleurs, déjà en 1990 la revue Vanity Fair révélait que Trump avait comme principaux livres de chevet une copie de Mein Kampf et un recueil des discours d'Hitler avec 1939.

De ses lectures sur Hitler, Trump a tiré deux approches simples, mais efficaces pour accéder au pouvoir : la peur et le mensonge. Sa rhétorique démagogique reposant sur une combinaison de ces deux éléments.

Recourant à un battage médiatique incessant, il encourage le développement d'une hystérie collective chez ses partisans qui sont concentrés dans les classes blanches touchées par les changements économiques et apeurés devant le changement démographique touchant leur pays.

Trump attise chez ces derniers les préjugés à l'égard des immigrants, la croyance qu'ils sont victimes d'une compétition étrangère déloyale, leur insécurité devant la menace terroriste, leur anxiété raciale vis-à-vis les Noirs, etc.

Il se pose en homme providentiel qui va, contrairement à ses prédécesseurs, mettre le peuple américain en premier, qu'il est le seul capable de régler tous les problèmes des États-Unis. Toutefois, il ne présente pour ce faire aucune solution.

Comment cette campagne de peur peut-elle fonctionner? Comment Trump en est-il arrivé à croire que les Américains pourraient adhérer à son message?

À l'instar de Joseph Goebbels, Hitler déclarait qu'un « mensonge répété dix fois reste un mensonge, répété dix mille fois il devient une vérité ». Il ajouta même : « Faites un gros mensonge, faites-le simple, continuez à le répéter et, éventuellement, ils le croiront tous ».

Ainsi, tout en menant sa campagne de peur, Donald Trump n'hésite pas à affirmer qu'il dit toujours la vérité et que mentir pour lui est tout simplement contre sa nature. Or il est difficile pour un journaliste de couvrir Trump à cause de son assaut systématique sur la vérité. Aucunement préoccupé par la vérité, il enterre constamment dans des mensonges les contradictions de ses prises de position. Lorsque confronté par un journaliste devant les faits, il nie tout par de nouveaux mensonges.

Pire encore, il accuse systématiquement ses adversaires de mentir. Il a qualifié Ben Carson d'être un menteur pathologique. Il a surnommé Ted Cruz « Ted le menteur ». Quant à Marco Rubio et Jeb Bush, il les a vilipendés comme étant aussi menteurs que Cruz.

Depuis un an, le Washington Post a publié des dizaines d'articles démontrant comment Trump est un menteur pathologique. Analysant 158 déclarations effectuées entre janvier et juillet 2016, Chris Cillizza constata que 78 % de celles-ci étaient fausses et que 17 % étaient des demi-vérités.

Cette stratégie a permis à Trump de l'emporter contre ses adversaires républicains. Maintenant, il a recours à la même stratégie contre Hillary Clinton en l'accusant d'être une crapule et une menteuse invétérée.

La rhétorique démagogique et haineuse de Trump représente une réelle menace pour la démocratie américaine. En suscitant les peurs et les frustrations par des discours populistes et nativistes, il attise la paranoïa collective. Or les États-Unis ne sont pas à l'abri de dérapage antidémocratique. Ils ont connu la peur rouge en 1919 et dans les années 1950 le maccarthysme.

Gilles Vandal est professeur retraité de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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