Manque de transparence

ÉDITORIAL / Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n'aime pas entendre dire... (La Presse)

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Denis Dufresne
La Tribune

ÉDITORIAL / Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n'aime pas entendre dire qu'il déleste les CLSC au profit des nouveaux Groupes de médecine de famille (GMF), mais il devrait mieux expliquer sa réforme et, surtout, montrer comment elle améliorera les services de première ligne.

Alors que les syndicats et les groupes communautaires sont mobilisés contre le transfert d'activités et de professionnels vers ces nouvelles entités, qui seront gérées par les médecins, la population s'inquiète déjà des impacts de cette mesure.

Après tout, les Québécois ont connu plusieurs réformes du système de santé depuis les années 70, qui n'ont à peu près jamais donné les résultats escomptés.

Depuis son arrivée à la Santé, le ministre Barrette nous a habitués à faire ce qu'il dit, ce qui est en soi une qualité chez un politicien.

Mais sa façon de procéder, unilatérale, sans véritable consultation et, souvent, sans l'adhésion des différents acteurs du système, est plutôt arrogante et ne facilite guère la compréhension.

On ne peut réformer tout un système de santé sans un minimum de transparence et sans mettre tout le monde dans le coup.

M. Barrette martèle depuis des mois que sa réorganisation des services de santé, notamment avec les GMF et les supercliniques (des GMF qui offriront des services de radiographie, échographies et prélèvements), permettra de donner plus facilement accès à un médecin et de désengorger les urgences.

Ces supercliniques, une cinquantaine seront en place d'ici la fin de 2018, devront en effet offrir 20 000 consultations par année et être ouvertes 12 heures par jour, sept jours sur sept.

Pour ce qui est des CLSC, M. Barrette avait expliqué en mars dernier qu'ils allaient conserver « une approche plus communautaire » (santé mentale, prévention, soins à domicile, etc.), tandis que les GMF feront de la prise en charge de patients et auront un rôle « curatif au sens large ».

Toutefois, selon les syndicats et l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), la migration de professionnels des CLSC vers les GMF entraînera l'abandon de la mission des CLSC au profit des GMF, des entités privées financées par les fonds publics.

L'APTS y voit « un pas de plus vers la privatisation du réseau de la santé et des services sociaux ».

On peut à tout le moins se demander s'il ne s'agit pas là d'une forme de dédoublement des services de première ligne.

Le ministre Barrette ne semble pas, en tout cas, avoir les CLSC en haute estime : il avait déclaré il y a quelques mois qu'ils n'avaient pas accompli leur mandat d'offrir des services de première ligne, tout en reconnaissant que les GMF allaient se développer selon le modèle de « l'interdisciplinarité », la vocation première des CLSC.

Tout cela soulève bien des interrogations, notamment sur l'avenir des services présentement offerts en CLSC et sur les frais accessoires dans les GMF, bien que le ministre Barrette ait indiqué qu'il veut les inclure dans la rémunération des médecins.

Les GMF et supercliniques doivent en principe permettre de faciliter l'accès à un médecin et contribuer à réduire le temps d'attente dans les urgences, qui est en moyenne de 9 heures au Québec, plus du double de la norme internationale de 4 heures, selon le dernier rapport du Commissaire à la santé, Robert Salois, dont le poste a été aboli par M. Barrette.

Cette nouvelle réforme sera-t-elle la bonne?

Les Québécois aimeraient bien le croire.

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