Le sauveur

Donald Trump... (La Presse NYT)

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Donald Trump

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Denis Dufresne
La Tribune

ÉDITORIAL / Peur, colère, division et intolérance.

La convention d'investiture républicaine, qui a couronné mardi soir le candidat Donald Trump en vue de la présidentielle de novembre, s'est déroulée jusqu'ici dans un climat délétère, à l'image de la campagne de cet homme d'affaires milliardaire visiblement prêt à porter tous les coups et à faire des déclarations incendiaires pour gagner.

Celui dont la candidature apparaissait invraisemblable il y a encore quelques mois, s'est employé tout au long de sa campagne à dénigrer ses adversaires républicains, à attaquer les minorités, à traiter les Mexicains de violeurs et à tenir des propos misogynes, ce qui est semblable en plusieurs points au discours de la droite populiste qui gagne plusieurs pays occidentaux, dont la France avec le Front national.

D'ailleurs, le fait que le centre sportif de Cleveland, où se tient la convention républicaine, soit totalement barricadé par crainte de violences en dit long sur l'ambiance qui règne dans le pays.

Et comme il fallait s'y attendre, les orateurs qui se sont succédé lors de la première soirée de convention, lundi, ont brossé un sombre portrait des États-Unis alors que le pays est aux prises avec des manifestations contre le racisme et la violence policière, les attaques contre des policiers et la menace terroriste.

L'ex-maire de New York, Rudolph Giuliani, a même affirmé sur un ton enflammé que les Américains ne se sentent pas en sécurité, qu'ils ont peur pour eux et leurs enfants et que «notre mode de vie est en danger», rien de moins.

Après avoir dominé les primaires présidentielles du Parti républicain, durant lesquelles il a décrit les États-Unis comme un pays sur le déclin, menacé par des millions d'illégaux «voleurs de job» et les musulmans, M. Trump a maintenant beau jeu de se présenter en sauveur et en défenseur de «la loi et l'ordre», comme il le martèle depuis plusieurs jours.

Cette stratégie assez répugnante rappelle celle de l'ex-président républicain Richard Nixon qui, lors de sa campagne de 1968, s'était présenté comme le candidat de la loi et l'ordre dans une Amérique alors déchirée par les émeutes raciales, la guerre du Vietnam et la contestation sur les campus.

Près de 50 ans plus tard, M. Trump alimente lui aussi la division et le ressentiment des Américains, qui ne reconnaissent plus leur pays, et la peur de l'autre, ce qui constitue un joyeux cocktail pour aviver les tensions sociales.

Et sa recette fonctionne puisqu'il est au coude-à-coude avec sa rivale démocrate, Hillary Clinton, dans les sondages nationaux.

Sa candidature indispose certes une partie des grandes figures républicaines, notamment les anciens présidents George Bush et son fils George W. Bush, les ex-candidats à la présidence John McCain et Mitt Romney, ainsi que le gouverneur de l'Ohio et ex-candidat à la primaire républicaine, John Kasich, qui n'assistent pas à la convention, mais cela a visiblement peu d'impact sur sa campagne.

Quant aux accusations de plagiat portées contre son épouse Melania Trump, dont l'allocution de lundi soir était fortement inspirée d'un discours de Michelle Obama en 2008, elles ont monopolisé la journée de mardi. Faut-il en rire ou en pleurer?

La campagne présidentielle en vue du scrutin du 8 novembre prochain se déroulera donc entre l'ex-secrétaire d'État et candidate démocrate, Hillary Clinton, posée, articulée et expérimentée, mais dont la feuille de route n'est pas sans tache, et un Donald Trump prêt à tout ou presque pour discréditer son adversaire, quitte à diviser encore davantage le pays et à créer un climat social toxique.

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