Une nation en crise

ÉDITORIAL / Les actes d'une violence inouïe aux États-Unis, où huit policiers... (The New York Times)

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The New York Times

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Denis Dufresne
La Tribune

ÉDITORIAL / Les actes d'une violence inouïe aux États-Unis, où huit policiers ont été abattus par des tireurs embusqués en réaction à la mort de deux Afro-Américains aux mains des forces de l'ordre, forcent un douloureux constat : celui d'un pays aux prises avec une ségrégation latente et le racisme, plus de 50 ans après le mouvement des droits civiques.

Le meurtre de cinq policiers durant une manifestation pacifique à Dallas, il y a une dizaine de jours, puis de trois autres samedi dernier à Baton Rouge, dont un Noir, ne témoigne pas d'une « guerre civile » comme l'a clamé de façon très sensationnaliste à la une le quotidien New York Post.

Mais ces deux drames traduisent une profonde fracture sociale qui doit obliger les États-Unis à affronter de manière décisive le problème de la violence policière à l'endroit des Afro-Américains.

À défaut, on peut certainement craindre de nouvelles violences et une dégradation encore plus prononcée du climat social.

De surcroît dans un pays où de nombreux États autorisent le port d'armes et où il y a davantage d'armes à feu que d'habitants.

En 2015, pas moins de 102 Afro-Américains ont été tués par la police aux États-Unis alors qu'ils n'étaient pas armés et près de 40 pour cent des personnes non armées tuées par la police étaient des hommes noirs, eux qui ne comptent pourtant que pour six pour cent de la population de ce pays, selon l'organisme Mapping police violence.

Sur le plan socio-économique, les Afro-Américains demeurent victimes d'inégalités : 24 pour cent d'entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté et leur taux de chômage est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

En outre, ils forment 40 pour cent de la population carcérale, alors qu'ils représentent 13,6 pour cent des citoyens du pays.

Pour les Afro-Américains ordinaires, être interpellé par un policier peut signifier la mort ou, à tout le moins, beaucoup d'ennuis.

Et, avec raison, ils estiment être traités injustement lorsqu'ils voient que dans les cas de bavures policières et d'abus, les responsables s'en tirent souvent en toute impunité, comme on l'a vu par exemple en 2014 lorsqu'un policier de Ferguson, au Missouri, a été innocenté après avoir abattu Michael Brown, un adolescent noir non armé.

À cet égard, il a été très éloquent d'entendre le président Barack Obama, au lendemain de la mort de Philando Castille, abattu dans sa voiture par un policier, le 6 juillet, dire que « lorsque de tels incidents se produisent, une grande partie de nos citoyens sentent qu'en raison de la couleur de leur peau ils ne sont pas traités comme les autres, cela fait mal et devrait tous nous interpeller ».

Les attaques gratuites et vicieuses contre des policiers sont inacceptables, tout comme les trop nombreux cas où des Afro-Américains sont abattus même s'ils ne sont pas armés.

Avec le climat de grande tension sociale qui sévit actuellement dans leurs pays, les Américains sont une fois de plus placés devant la nécessité de procéder à une profonde réflexion sur les rapports difficiles entre les Noirs et les policiers, mais aussi sur les carences apparentes du système de justice et sur les inégalités.

Il faut souhaiter que les candidats dans la campagne présidentielle qui s'annonce aient le courage d'aborder ces questions.

Malheureusement, le discours raciste, misogyne, intolérant et belliqueux du candidat républicain Donald Trump risque de transformer ce débat essentiel en un spectacle grotesque et d'attiser davantage les tensions.

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