La folie des Pokémon

ÉDITORIAL / Sans crier gare, ils viennent à nouveau de débarquer dans notre... (Spectre média, Marie-Lou Béland)

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Spectre média, Marie-Lou Béland

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / Sans crier gare, ils viennent à nouveau de débarquer dans notre univers. Aussi sournois que les plus sombres extraterrestres, les Pokémon envahissent la Terre. Il s'agit bien sûr de l'application Pokémon Go pour téléphones intelligents que vient de lancer le géant Nintendo. Même si elle n'est pas encore disponible au Canada, du moins en principe, l'application s'est répandue comme une traînée de poudre. Sans aucune gêne, l'horrible bestiole s'est même logée dans la cour arrière du quartier général du Service de police de Sherbrooke, pourtant interdite au public.

Le phénomène est tout simplement viral. Le jeu n'était offert qu'aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande jusqu'à hier. Par voie détournée, des internautes ont réussi à le télécharger assez facilement, laissant quasiment l'empreinte d'une tactique de marketing trop bien connue. Ce qui est défendu suscite d'autant la convoitise. Enfin, faute de preuves, disons simplement que l'action de Nintendo a fait un bond en bourse de 93 % en sept séances. Du jour au lendemain, la valeur boursière de l'entreprise a pratiquement doublé. Des milliards de dollars à en donner le vertige!

Les Pokémon, une contraction de Pocket Monster, ont vu le jour en 1996 dans une série de jeux pour la petite console portable Game Boy. Pikachu et ses acolytes, des guerriers qu'il faut entraîner en vue d'éventuels combats, sont sortis tout droit de l'imaginaire débridé du Japon avec ses effroyables monstres. Aussi subtils que leurs ancêtres, ils sont les dignes descendants des Godzilla et Goldorak dans la pauvre série « À soir, on fait peur au monde ».

Le but du jeu Pokémon Go est toujours identique. Il faut attraper les Pokémon en les pourchassant avec son téléphone cellulaire. Les créatures vont apparaître à l'écran après avoir minutieusement suivi les indications sur une carte. Les spécialistes parlent d'un nouveau phénomène, soit la réalité augmentée. Contrairement à la réalité virtuelle (d'un univers qui n'existe pas), expliquent-ils, la réalité augmentée permet à des personnages jusque-là prisonniers d'un écran de s'évader, cette fois dans un monde bien réel, le vôtre.

En moins d'une semaine, Pokémon Go a déjà fait plusieurs victimes. À Québec, deux adeptes n'ont pas réalisé que leur voiture avait été prise en chasse par des policiers pour une infraction au Code de la sécurité routière. Absorbé totalement par le jeu, le conducteur a embouti l'autopatrouille en faisant marche arrière. Sur le campus de l'Université du Maryland, c'est un voleur armé qui attendait les joueurs plutôt qu'un inoffensif Pokémon. En Utah, une adolescente a été renversée en traversant l'intersection d'un boulevard à l'heure de pointe.

Les partisans des jeux vidéo se réjouiront du fait qu'une application permet enfin aux jeunes de sortir à l'extérieur. Ce n'est pas tout d'aller jouer et marcher dehors, encore faut-il le faire en toute sécurité et connaissance de cause. Les parents sont donc invités à encadrer leurs enfants partis à la chasse de personnages fictifs.

Le Pokémon Go n'est malheureusement pas livré avec une bonne provision de sagesse. L'éducation demeure à faire et il convient manifestement de faire preuve de jugement. La semaine dernière, le musée d'Auschwitz-Birkenau en Pologne a dû interdire à ses visiteurs de jouer à Pokémon Go dans le funeste camp de concentration nazi. C'est une question de respect élémentaire. Comme tout phénomène de masse, Pokémon Go renferme son potentiel d'abrutissement. Il convient donc de l'aborder avec discernement en se rappelant de qui il fait la fortune.

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