Québec doit se responsabiliser

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sher) ÉDITORIAL / Devant les nombreuses demandes d'intervention effectuées auprès du ministère fédéral de l'Environnement par des citoyens, des groupes environnementaux et même certains élus pour protéger des espèces menacées ou des écosystèmes fragiles, le gouvernement du Québec doit se ressaisir, appliquer ses propres lois et règlements et mieux se coordonner avec Ottawa.

Au cours des derniers mois, les appels auprès du gouvernement fédéral laissent croire que le ministère de l'Environnement du Québec et son ministre David Heurtel manquent de conviction ou, pire, ne font pas leur travail, et les exemples sont nombreux.

Il y a quelques jours à peine, le maire de Boucherville, en Montérégie, Jean Martel, a demandé l'intervention du gouvernement fédéral pour protéger la rainette faux-grillon, une minuscule grenouille en voie de disparition et menacée par un projet immobilier, faute d'écoute du ministre Heurtel.

En juin, Ottawa a adopté un décret d'urgence pour protéger un autre habitat de la rainette faux-grillon menacé par un projet de développement résidentiel, cette fois à La Prairie, auquel des experts et des groupes environnementaux s'opposaient.

Dans ce cas, le ministère fédéral de l'Environnement a estimé que les mesures de protection prévues par le promoteur et approuvées par le gouvernement Couillard étaient insuffisantes.

Le scénario est semblable à Saint-Bruno-de-Montarville, où le maire Martin Murray s'attend à une intervention d'Ottawa si le ministère de l'Environnement du Québec donne le feu vert à un projet de résidences de luxe qui menace un milieu naturel où on retrouve du ginseng à cinq folioles, une plante menacée.

La municipalité, qui a adopté une réglementation pour prohiber « toute intervention » dans un habitat essentiel d'une espèce en péril, est menacée de poursuite par le promoteur.

Hier, ce sont les Innus de Mingan qui ont réclamé l'intervention d'Ottawa pour bloquer les travaux d'exploration des hydrocarbures sur l'île d'Anticosti.

Le gouvernement Couillard se dit contre le projet, mais soutient être lié par un contrat signé par l'ancien gouvernement péquiste et demeure un partenaire financier de la société Pétrolia. Comprenne qui pourra!

Autre cas plus éloquent : en 2014, la Cour supérieure du Québec avait ordonné un arrêt des forages effectués en milieu marin, à Cacouna, par la pétrolière TransCanada, en raison de failles dans le processus décisionnel du ministre Heurtel.

Le tribunal avait noté que les représentants du ministère dans ce dossier ne connaissaient pas les mammifères marins et n'avaient même pas consulté le Comité sur le rétablissement du béluga, une espèce menacée. De plus, M. Heurtel avait donné le feu vert aux travaux sans avoir reçu un avis scientifique de Pêches et Océans Canada!

Une telle attitude donne à penser que le ministère de l'Environnement du Québec hésite à tenir tête aux promoteurs immobiliers et aux grandes entreprises ou fait de l'aveuglement volontaire.

Le ministre Heurtel a beau crier à l'intrusion du fédéral dans le dossier de la rainette faux-grillon à La Prairie, il a probablement une leçon à tirer de cette affaire : appliquer les lois et règlements de son ministère avec diligence et transparence, en concertation avec le gouvernement fédéral et les scientifiques.

Pour l'heure, on dirait plutôt qu'il n'a pas réellement à coeur la protection de l'environnement, qu'il joue le jeu des promoteurs immobiliers et ne se soucie pas de l'acceptabilité sociale des projets.

Quant aux investisseurs, ils veulent que les règles du jeu soient claires.

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