L'injustice perdure

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

Le Quotidien

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Il y a de ces anniversaires qu'on aimerait mieux oublier. Il y a trois ans, 47 personnes perdaient inutilement la vie dans une tragédie ferroviaire au centre-ville de Lac-Mégantic. On le comprend, la douleur est toujours vive chez les Méganticois et en particulier dans les familles des victimes. Ce 6 juillet 2013, un train fou n'aurait pas dû s'emballer, faucher ces vies et réduire le centre-ville en cendre. Le moins que l'on puisse faire, serait aujourd'hui de consentir à la construction d'une voie de contournement afin d'en éloigner à jamais les convois ferroviaires.

Hier, La Tribune témoignait de la persistance du drame. L'abbé Steve Lemay, qui a accompagné la population au lendemain de la catastrophe, admet que «la plaie est encore vive». Même s'il séjourne à Rome depuis un an, il a bien compris l'importance pour la communauté d'obtenir la construction d'une voie de contournement. «C'est une nécessité», plaide-t-il pour voir enfin ses paroissiens «libérés de cette angoisse».

Ces quelques mots traduisent bien la perception générale de la population. Les premières indemnités versées, il est facile de constater que l'argent n'a pas tout arrangé. Il n'a pour ainsi dire eu aucun effet sur le profond sentiment d'injustice qu'éprouvent encore les Méganticois. Ils sont malheureusement les innocentes victimes de gouvernements et d'un système plus soucieux de la croissance économique que de la sécurité du public.

Injustice, parce qu'il est intolérable de penser qu'on a laissé aux compagnies ferroviaires la possibilité d'abandonner des trains sans surveillance et de n'avoir qu'un conducteur à bord. Injustice, parce qu'on a volontairement rogné sur les inspections des voies, comptant d'abord sur la conscience morale de ces entreprises. Injustice, parce qu'on a tout permis à une compagnie de broche-à-foin et que seuls trois pauvres exécutants se retrouvent devant les tribunaux.

La Ville de Lac-Mégantic a pour sa part renoncé à poursuivre le Canadien Pacifique (CP), qui a jusqu'ici refusé de contribuer au fonds d'indemnisation. À tort ou à raison, elle en est venue à la conclusion qu'elle n'avait pas les reins assez solides afin de poursuivre cette compagnie. Un géant des transports certes, mais un minus chez les citoyens corporatifs. Qu'on le veuille ou non, cette résignation contribue à renforcer le sentiment d'injustice, cette perception que les plus riches ont toujours raison devant la loi.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, s'est bien montré sensible au sort de Lac-Mégantic. De là-haut, le voyageur de l'espace aurait dû comprendre toute l'importance de ne pas lésiner sur les moyens quand la vie humaine est en jeu. Le patron de Transports Canada semble toutefois s'en remettre à l'autoréglementation. Il ferme les yeux sur la récente décision du CP de mettre à pied 500 employés affectés à l'entretien des voies ferrées. Transports Canada n'en fait pas assez pour corriger les lacunes décelées à Lac Mégantic, a aussi conclu le Bureau de la sécurité des transports.

Au nom de tous les Canadiens, son gouvernement a pourtant le devoir de réparer l'erreur commise envers les Méganticois. L'addition de mauvaises décisions et de choix douteux a conduit à la tragédie du 6 juillet. Ce n'était pas un accident!

Hier, Ottawa signait avec Québec une entente de 2,5 milliards de dollars pour la réalisation des travaux d'infrastructure. Dans tous les projets qui seront soumis, la voie de contournement à Lac-Mégantic doit constituer la grande priorité. C'est le minimum pour réparer un tant soit peu une grave injustice envers cette population.

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