Vers une nouvelle guerre commerciale?

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / À l'issue d'une ronde de 100 jours de négociations intenses, un nouvel accord Canada-États-Unis sur le commerce du bois d'oeuvre apparaît de plus en plus hors de portée, du moins d'ici l'automne, alors que d'importants désaccords persistent entre les deux pays.

Et cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l'industrie puisque, faute d'entente d'ici la mi-octobre, la partie américaine pourrait imposer à nouveau des tarifs douaniers sur le bois canadien.

Depuis le début des années 80, les pourparlers sur le bois d'oeuvre entre les deux pays ont toujours été ardus, les Américains multipliant les recours devant les tribunaux et les enquêtes.

L'accord de 2006, échu depuis octobre 2015, s'était conclu après cinq années de batailles juridiques et de manoeuvres dilatoires de la partie américaine.

Le Département américain du commerce accusait alors Ottawa de subventionner son industrie forestière et soutenait même que les producteurs de bois d'oeuvre, utilisé notamment pour les charpentes de construction, vendaient leurs produits moins chers que leur valeur réelle, ce qui équivaut à du dumping.

Afin d'en arriver à l'entente de 2006, les exportateurs canadiens avaient même été contraints de verser un milliard $ en taxe spéciale.

Et il semble bien que le discours des Américains n'ait pas changé et que les réflexes protectionnistes sont toujours là.

En outre, le taux de change actuel, qui avantage les exportateurs canadiens, n'est rien pour inciter le lobby américain du bois d'oeuvre, le U.S. Lumber Coalition, à faire preuve de plus d'ouverture.

L'enjeu est évidemment de taille, notamment pour le Québec, où le secteur forestier compte 60 000 emplois directs, fait vivre de nombreuses petites communautés et représente 11,7 pour cent des exportations totales de la province.

Le premier ministre Justin Trudeau a beau répéter qu'il est sûr d'en arriver à une entente, le temps passe et rien ne semble vraiment bouger alors que les deux pays disposent en principe d'à peine six mois encore pour éviter une nouvelle guerre commerciale.

D'ailleurs, lors de sa dernière visite officielle à Ottawa, mercredi dernier, le président américain Barack Obama n'a même pas abordé le sujet, du moins pas en public, alors que, paradoxalement, il a dénoncé le discours protectionniste du candidat républicain Donald Trump et vanté le libre-échange.

Lors de son passage à La Tribune, le lendemain, la députée de Compton-Stanstead et ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a néanmoins dit avoir espoir d'un règlement avant le mois d'octobre.

Une nouvelle guerre commerciale serait à la fois coûteuse et déstabilisante pour l'industrie canadienne qui, dans le passé, a vu ses parts de marché diminuer et a encaissé des dizaines de milliers de pertes d'emplois, dont 20 000 au Québec.

Mardi, une coalition comprenant entre autres le Conseil de l'industrie forestière du Québec, les Manufacturiers exportateurs du Québec, la Fédération des chambres de commerce et le gouvernement Couillard a rappelé que le Québec a depuis 2013 un nouveau régime forestier qui répond aux exigences américaines sur le libre-échange.

Le gouvernement Trudeau doit dès maintenant défendre avec davantage de convictions les exportateurs canadiens de bois d'oeuvre et rappeler aux États-Unis que certaines provinces, dont le Québec, fixent désormais le prix du bois récolté selon les mécanismes du marché, à la demande des Américains d'ailleurs.

Il y a péril en la demeure alors que les élections présidentielles ont lieu à l'automne aux États-Unis et que le candidat républicain, Donald Trump, est ouvertement hostile à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en vigueur depuis 1994.

S'il est élu, M. Trump menace de retirer son pays de l'accord, à moins d'obtenir les changements qu'il réclame.

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