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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La décision du Canadien Pacifique de mettre à pied cette semaine 500 employés affectés à l'entretien de ses voies ferrées au Canada, avec la bénédiction de Transports Canada, est en totale contradiction avec la nécessité d'assurer la sécurité ferroviaire au pays dans la foulée de la tragédie de Lac-Mégantic.

En fait, c'est à se demander si les compagnies de chemin de fer et Transports Canada ont vraiment tiré des leçons du déraillement du convoi pétrolier du 6 juillet 2013, où 47 personnes sont décédées.

Même si le CP soutient que ces mises à pied sont temporaires et qu'elles sont attribuables à une baisse des volumes de marchandises en Amérique du Nord, cette décision apparaît injustifiable compte tenu du bilan des compagnies ferroviaires en matière d'accidents et de sécurité.

Il est tout aussi aberrant d'apprendre qu'en vertu de la Loi sur la sécurité ferroviaire, le CP n'a pas l'obligation de fournir à Transports Canada une évaluation des risques liés à cette mesure, comme l'a révélé CBC News.

Autrement dit, en dépit d'une douzaine de déraillements majeurs depuis 10 ans (dont deux impliquant le CP), que le Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada a attribués à un manque d'entretien des voies ferrées, à leur mauvais état et à la supervision déficiente de Transports Canada, il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter!

Selon le syndicat des Teamsters, ces mises à pied pourraient augmenter les risques de déraillements et d'accidents de train, ce à quoi le CP répond qu'il a investi beaucoup d'argent depuis une décennie dans ses infrastructures ferroviaires.

Il est vrai que le CP affiche un meilleur bilan que le Canadien National pour ce qui est du nombre d'accidents, mais cela ne le dispense pas de poursuivre l'entretien de son réseau qui, tôt ou tard, devrait connaître une augmentation de son trafic.

En outre, les rapports du BST et du Vérificateur général du Canada depuis 2014 ont démontré que malgré le resserrement de certaines règles de sécurité depuis la tragédie de Lac-Mégantic (présence de cheminots dans les convois immobilisés, systèmes de freinage contrôlés électroniquement et retrait graduel des wagons-citernes DOT-111, notamment), les compagnies ferroviaires font encore preuve de laxisme, tout comme Transports Canada.

Le BST, par exemple, a répertorié 42 cas de trains ou de wagons partis à la dérive en 2015, contre 30 en 2015.

Parallèlement, le Vérificateur général, Michael Ferguson, avait relevé en 2014 des faiblesses importantes dans la surveillance des compagnies de chemin de fer et estimé que Transports Canada ignorait dans bien des cas si elles avaient des systèmes de gestion de la sécurité adéquats et efficaces.

Cela a-t-il changé?

Transports Canada semble toujours s'en remettre à l'auto-réglementation d'une industrie qui apparaît plus guidée par la rentabilité que par les impératifs de sécurité, alors que des convois de matières dangereuses, pétrole, gaz propane, acide sulfurique, chlore, etc., traversent chaque jour des centaines de communautés au pays.

Comment les Canadiens peuvent-ils faire confiance à l'industrie et à Transports Canada, qui semblent avoir bien du mal avec les notions de transparence et d'imputabilité?

La décision du CP de mettre à pied 500 travailleurs rattachés à l'entretien des voies ferrées constitue un nouvel affront pour les nombreuses communautés victimes d'un accident ferroviaire au cours des dernières années, dont Lac-Mégantic.

Il est inconcevable que Transports Canada ne daigne même pas s'assurer que cette mesure ne constitue pas un risque accru pour la sécurité des Canadiens.

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