Le syndrome de Barry Goldwater

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / En 1964, le sénateur Barry Goldwater proposa que les États-Unis adoptent une approche agressive dans la lutte contre le communisme, y compris si nécessaire un recours à la force militaire. Il soutient même l'idée que les commandants militaires soient autorisés à utiliser les armes nucléaires s'ils le jugeaient nécessaire. Par ailleurs, il préconisa de réduire drastiquement les programmes gouvernementaux et de privatiser la Tennessee Valley Authority. De plus, il suggéra de rendre optionnelle la participation au régime de sécurité sociale. Et finalement, farouche partisan des droits des États, il s'opposa fortement au mouvement des droits civiques.

En dépit d'une forte opposition de l'establishment national qui préconisait une approche beaucoup modérée, Goldwater suscita l'enthousiasme chez la franche la plus conservatrice du parti républicain. Il refusa donc de diluer son message. Cette stratégie s'avéra catastrophique. Une partie des dirigeants républicains refusèrent d'assister à la convention nationale de leur parti et un parti républicain divisé se présenta aux élections de novembre 1964.

Entre-temps, les démocrates accentuèrent les craintes de millions d'Américains en dépeignant Goldwater comme un réactionnaire dangereux et un maniaque qui pourrait facilement entrainer les États-Unis dans une confrontation nucléaire. Concernant le mouvement des droits civiques, les ténors démocrates se positionnèrent comme étant plus aptes que le parti de Lincoln de répondre aux revendications légitimes des noirs américains.

Le résultat des élections présidentielles américaines de 1964 devint inévitable. La catastrophe appréhendée se concrétisa. Lyndon Johnson l'emporta avec 61 % des voix, soit la plus grande victoire électorale jamais obtenue jusqu'alors par un président américain. De plus, les noirs américains devinrent dorénavant de chauds partisans démocrates.

Bien que Donald Trump ne soit pas un Barry Goldwater, le parti républicain semble revivre le cauchemar de 1964. Les diatribes et les insultes de Trump contre les communautés hispaniques et musulmanes évoquent des réminiscences désagréables pour l'establishment républicain. Comme avec Goldwater, les ténors nationaux du parti républicain craignent que les déclarations intempestives de Trump éloignent non seulement les femmes et les minorités, mais aussi les électeurs républicains modérés et les indépendants.

Dans la foulée de l'attentat terroriste d'Orlando, Trump n'a pas passé le test. Sa demande de démission de Barack Obama comme présumé responsable de l'attentat et sa proposition d'interdire l'entrée des musulmans aux États-Unis ont été décriées unanimement.

Face aux critiques des ténors républicains qui lui demandent de baisser le ton de ses discours anti-immigrants et d'adopter une attitude plus présidentielle, Donald Trump est demeuré jusqu'à date inflexible. Il n'hésita pas à interpeller les dirigeants républicains, leur laissant le choix de se taire ou de se ranger derrière lui. Il affirme même qu'il est capable de faire campagne tout seul.

Aussi de nombreux dirigeants républicains, dont John McCain et Mitt Romney, les deux derniers candidats présidentiels en 2008 et 2012, ont déjà annoncé qu'ils n'assisteraient pas à la convention nationale de leur parti. Plus encore, aucun membre de la famille Bush, y compris George W. Bush, ne participera à la convention. C'est une première en près d'un siècle.

L'anxiété des dirigeants républicains a été clairement exprimée au début de juin, alors que Mike McConnell, le leader républicain au sénat, soulevait le spectre du syndrome de Barry Goldwater. La rhétorique anti-immigration de Trump risque selon McConnell, d'aliéner à tout jamais les électeurs hispaniques, comme l'attitude pro-ségrégationniste de Goldwater avait éloigné définitivement en 1964 les noirs américains du parti républicain.

Entre-temps, les démocrates fourbissent leurs armes. Hillary Clinton est déjà assurée de sa nomination comme candidate démocrate. Mais contrairement à Trump, elle ne sera pas seule à faire campagne l'automne prochain. Elle dispose d'une équipe du tonnerre, pouvant compter sur l'étroite collaboration, non seulement de son mari, mais aussi de Barack Obama et de Michelle Obama, de Joe Biden, de Bernie Sanders et d'Élizabeth Warren.

Même si les élections américaines ne sont qu'en novembre et que quatre mois est long en politique, l'establishment républicain prend déjà comme acquis qu'avec Trump comme porte-étendard, leur parti va connaître une importante défaite lors de l'élection présidentielle de 2016.

Plus encore, ils craignent que Trump entrainent dans le sillage de sa défaite beaucoup de candidats républicains à la chambre et au sénat. L'inquiétude est telle que plusieurs candidats républicains refusent de soutenir Trump ou cherchent à se distancer le plus possible de ce dernier. Paul Ryan, président de la chambre, et Mike McConnell, leader républicain au sénat, anticipent même que la victoire démocrate pourrait être telle que les républicains sont en danger de prendre le contrôle des deux chambres du congrès.

En conséquence, certains dirigeants se sont joints à un mouvement anti-Trump. Ceux-ci examinent différentes stratégies pour réviser les règles régissant la convention républicaine afin de bloquer le mois prochain la nomination de Trump comme candidat présidentiel de leur parti. Une telle stratégie a peu de chance de succès et ne ferait que diviser davantage le parti républicain.

Néanmoins, la simple hypothèse d'une fronde à la convention républicaine montre comment l'establishment républicain est devenu anxieux vis-à-vis la montée de Trump. Ces derniers cherchent désespérément à contrer des résultats électoraux qu'ils anticipent comme catastrophiques.

Gilles Vandal

Professeur à la retraite de l'École de politique appliquée

de l'Université de Sherbrooke

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