Inacceptable mais imprévisible

ÉDITORIAL / L'agression contre le premier ministre Philippe Couillard lors... (La Presse, Bernard Breault)

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La Presse, Bernard Breault

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / L'agression contre le premier ministre Philippe Couillard lors d'une soirée en hommage aux victimes de la tuerie dans un bar gai d'Orlando est inacceptable et soulève la question de la sécurité des élus.

Mais elle était imprévisible, d'autant plus que le responsable, le militant trans Esteban Torres, avait prononcé un discours pendant cette cérémonie tenue à Montréal jeudi soir.

Il appartiendra au Service de police de la Ville de Montréal de déterminer si les risques ont été bien évalués et s'il faudra davantage tenir à distance les activistes trop turbulents lors de ce type d'événement.

Toutefois, comment prévoir le comportement des participants et, de surcroît, celui d'un orateur invité?

Esteban Torres, qui se revendique du groupe radical «Pink Bloc», un organisme opposé au capitalisme et au patriarcat, a tenté de s'en prendre physiquement au premier ministre Couillard, qui a rapidement été escorté hors du secteur par sa garde rapprochée et n'a pas été blessé.

Le jeune homme de 20 ans, visiblement révolté et qui s'est illustré sur les réseaux sociaux pour sa passion pour la cause des LGBT (Lesbiennes, gais, bisexuels et trans), a été accusé hier de voie de fait avec un objet non identifié et de tapage dans un endroit public. Il a été libéré sous caution.

Ce geste est d'autant plus condamnable qu'il visait un premier ministre venu rendre hommage aux victimes de la fusillade d'Orlando, où 49 personnes sont tombées sous les balles d'un citoyen américain qui s'est revendiqué de l'État islamique.

De plus, cette soirée organisée par le Collectif carré rose et Fierté Montréal se voulait un événement inclusif. Elle visait aussi à dénoncer l'homophobie, le racisme et le sexisme.

On comprend que le gouvernement libéral de Philippe Couillard n'a pas la sympathie des mouvements radicaux comme le Pink Bloc.

Mais il est pour le moins paradoxal de s'en prendre à un homme politique qui vient exprimer sa solidarité envers les LGBT lors d'un rassemblement public qui se voulait pacifique, malgré quelques chahuteurs.

En outre, le gouvernement Couillard a déposé en mai un projet de loi qui vise justement à lutter contre la transphobie et à permettre aux personnes mineures transgenres de changer la mention de sexe inscrite sur leur acte de naissance sans qu'elles aient subi préalablement un traitement médical.

Ces mesures ont été accueillies favorablement par l'organisme Enfants transgenres Canada et par la Coalition des familles LGBT, notamment.

Et, récemment, le gouvernement Trudeau a présenté le projet de loi C-16 afin d'adapter la Loi canadienne sur les droits de la personne et le Code criminel à la réalité des transgenres.

Il est pratiquement inévitable que des politiciens se fassent interpeller, voire invectiver, par des citoyens lors d'événements publics, mais il est inacceptable en démocratie qu'un élu se fasse agresser physiquement.

On ne peut évidemment enfermer les politiciens dans des cages de verre: la vie publique et démocratique implique qu'ils participent à des événements et puissent rencontrer les citoyens.

Du reste, M. Couillard a indiqué hier qu'il ne modifiera pas ses habitudes et continuera de prendre part à des activités sur le terrain.

Mais malheureusement pour lui, Esteban Torres, aussi convaincu soit-il, aura réussi à détourner l'attention de la commémoration des victimes de la tuerie d'Orlando et a probablement nui à la cause qu'il prétend défendre.

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