Les examens ministériels : pourquoi?

ANALYSE / La dernière semaine fut assez riche en soubresauts pour le ministère... (Archives, La Tribune)

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Vincent Beaucher
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / La dernière semaine fut assez riche en soubresauts pour le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MÉES). À la veille de la passation de l'examen d'histoire en 4e secondaire, un enseignant d'expérience aurait discuté avec ses élèves quant à la révision à faire en vue de celui-ci. À propos de la question à développement, il aurait mentionné qu'en fonction des examens des dernières années, il y avait de bonnes chances que la question de cette année traite du gouvernement responsable de 1848. Une élève a ensuite fait une vidéo dans laquelle elle exposait l'hypothèse de l'enseignant, vidéo qui a été visionnée par un nombre appréciable d'internautes. Or, il s'est avéré que l'enseignant avait visé juste. Lorsque le ministère a eu connaissance de ladite vidéo, il est entré en mode gestion de crise; il a annulé la question, qui valait 25 % de la note finale.

Si la question #22 n'avait finalement pas fait l'objet d'une fuite, on peut néanmoins comprendre que le MÉES ait cru à un tel scénario. D'autant que les écoles reçoivent les copies d'examen plusieurs jours à l'avance. Alors qu'un appareil-photo, Internet et les médias sociaux sont aujourd'hui au bout des doigts de tout un chacun, une éventuelle fuite s'avère réelle malgré des procédures, on s'en doute, très strictes. D'ailleurs, une photo du corrigé de ce même examen s'est retrouvée sur Twitter, bien qu'après la passation de l'examen. Il s'agit sans doute qu'une question de temps...

Des épreuves pertinentes?

Le MÉES investit beaucoup de temps, d'énergie et d'argent (le nôtre...) dans ses examens. Outre les sept épreuves uniques en 4e et 5e secondaires, il y en a aussi en français et en mathématiques à la fin du primaire. Il s'agit de tests qu'il faut élaborer, imprimer en milliers de copies, acheminer aux écoles, corriger (à l'école et/ou au MÉES) puis analyser. Dans le réseau, ces épreuves ont des conséquences non négligeables. Au premier chef, pensons à la pression mise sur les enseignants qui veulent voir leurs élèves réussir, et évidemment sur ces derniers qui visent des notes satisfaisantes, entre autres pour leurs parents ou encore leur futur.

Il faut relever que les examens uniques sont paradoxaux dans un système éducatif où l'on énonce vouloir développer des compétences sur le moyen et le long terme. Il y a là une incohérence pédagogique, pour ne pas dire paradigmatique, car les programmes sont supposés octroyer une certaine latitude aux enseignants pour les laisser emprunter un bon chemin vers les compétences ciblées; les programmes et le ministère ne sont pas censés dicter le chemin. Or, les enseignants d'histoire en 4e secondaire rapportent depuis belle lurette les effets contraignants qui résultent d'un examen venant de Québec. À savoir que tout l'enseignement prodigué durant l'année se voit nécessairement structuré en fonction de la présence de cet examen capital. De plus, celui-ci ne prend pas en compte ce qui se fait localement et peut s'avérer parfois simplement déconnecté de la réalité « terrain ». Cela peut devenir problématique, comme on l'a constaté récemment avec l'examen de maths en 6e année du primaire, jugé trop difficile dans l'ensemble du réseau. Envers les enseignants, c'est aussi faire preuve d'une certaine non-reconnaissance de leur autonomie professionnelle que d'imposer une telle modalité.

Les examens ministériels sont probablement un symptôme d'un mal plus profond, celui du lien que nous entretenons avec l'évaluation des apprentissages, voire l'éducation scolaire de façon plus générale. Nous voulons déterminer quoi faire apprendre quand, puis mesurer tout cela avec des chiffres supposément représentatifs des apprentissages faits. Or, il est démontré que la réalité est toute autre. Il nous faudra un jour le reconnaître et nous montrer cohérents, surtout que rien ne nous laisse croire que ces examens sont bénéfiques pour les apprentissages des élèves.

Vincent Beaucher enseigne en éducation à l'UdeS et à Bishop's

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