Ottawa doit faire plus

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Depuis son élection, à l'automne 2015, le gouvernement Trudeau a montré beaucoup d'ouverture sur la question de la liberté d'expression et sur le cas de Raïf Badawi, suscitant énormément d'attentes.

Malheureusement, ses déclarations et ses interventions pour obtenir la libération du blogueur saoudien n'ont donné aucun résultat jusqu'ici.

Le jeune homme, dont l'épouse et les trois enfants ont trouvé refuge à Sherbrooke, entame aujourd'hui sa quatrième année de captivité en Arabie saoudite à la suite d'une condamnation à une peine de 10 ans, de 1000 coups de fouet et de 260 000 $ d'amende pour « insulte à l'islam ».

Son avocat, Waleed Abu Al-Khair, a été condamné à 15 ans de réclusion pour avoir défendu des citoyens qui réclamaient la liberté d'expression, ce qui en dit long sur ce régime islamique qui enferme les dissidents, ampute les voleurs et traite les femmes comme des citoyennes de second ordre.

Il faut reconnaître qu'en comparaison avec les conservateurs de Stephen Harper, le gouvernement Trudeau a été plus actif dans ce dossier.

Toutefois, les libéraux semblent marcher sur des oeufs et, de l'aveu même du premier ministre Justin Trudeau, il ne faut pas agir « trop vite » dans ce dossier pour éviter de possibles « conséquences néfastes ». Traduction: Ottawa ne veut pas mettre à mal ses liens commerciaux avec l'Arabie saoudite.

Le ministre des Affaires étranges, Stéphane Dion, a réclamé la clémence des autorités saoudiennes lors d'une rencontre avec son homologue de ce pays, Adel Al-Joubeir, en décembre dernier, et a de nouveau abordé le cas de Raïf Badawi lors de la réunion du Conseil de coopération du Golfe, à la fin de mai à Jeddah. Sans résultat.

La position du Canada est, il est vrai, délicate puisque M. Badawi n'est pas citoyen canadien.

Mais devant la mobilisation de centaines de milliers de citoyens à travers le monde et la campagne d'Amnistie internationale pour obtenir sa libération, Ottawa doit faire preuve de davantage de fermeté et de leadership.

Pourquoi ne pas solliciter une rencontre directe avec les dirigeants de cette monarchie pétrolière? Après tout, ils sont d'importants partenaires commerciaux du Canada, notamment pour la vente de matériel militaire!

Le gouvernement fédéral refuse par ailleurs que soit accordée la citoyenneté canadienne à M. Badawi, estimant que cela ne fera pas avancer le dossier. Fort bien.

Mais, alors, quelle est la stratégie du gouvernement Trudeau, s'il y a en a une?

Et où sont passés les grands principes qu'il brandissait en campagne électorale?

Obtenir la libération de Raïf Badawi ne sera pas une mince affaire, mais il faut convaincre l'Arabie saoudite que l'élargissement de ce jeune homme, qui n'a fait qu'exercer sa liberté d'expression, serait une preuve d'humanité et d'égard à l'endroit de sa famille.

Malheureusement, Ottawa et les pays occidentaux n'en sont pas à une contradiction près avec leur « allié » et partenaire commercial saoudien: ils lui vendent des armes et font des courbettes devant leurs dirigeants.

La France a même remis la Légion d'honneur au prince héritier Mohammed Ben Nayef!

Et cela, tout en sachant très bien que ce pays bafoue systématiquement les droits de la personne au non de la charia et a procédé à 153 exécutions en 2015, un niveau inégalé en 20 ans.

Devant tant de contradiction, pour ne pas dire de duplicité, Raïf Badawi risque malheureusement de croupir en prison encore longtemps.

Heureusement, des citoyens de partout dans le monde appuient le blogueur saoudien et maintiennent la pression sur les gouvernements.

À Sherbrooke, ses sympathisants tiendront ce midi leur 77e vigie devant l'édifice de l'Hôtel de Ville.

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