Un avant-goût de la campagne électorale américaine

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / À peine 48 heures après l'attentat contre un bar gai d'Orlando, où un jeune Américain se réclamant de l'État islamique (ÉI) a abattu 49 personnes et fait 29 blessés, la question du contrôle des armes à feu et de la radicalisation des jeunes revient à l'avant-plan de l'actualité et aura un impact sur la prochaine campagne électorale aux États-Unis.

Pour le meilleur et pour le pire.

La candidate démocrate Hillary Clinton reconnaît qu'il faut traquer les « loups solitaires » et faire une surveillance accrue des discours radicaux sur internet et dans les moquées.

Elle reprend aussi le flambeau du président Barack Obama pour demander un meilleur contrôle des armes d'assaut comme le fusil semi-automatique AR-15 acheté légalement par Omar Mateen, qui a fait feu à l'aveugle dans cette discothèque par haine des homosexuels.

Cette attaque rappelle cruellement l'attentat du Bataclan, à Paris, en novembre dernier, revendiqué par l'ÉI, qui avait fait 129 morts et 352 blessés.

Le républicain Donald Trump poursuit quant à lui sa rhétorique intolérante et simpliste en blâmant la communauté musulmane de ne pas dénoncer ses éléments radicaux et en réitérant son intention d'interdire l'immigration aux États-Unis aux personnes provenant de pays ayant un lien avec le terrorisme.

Il en a rajouté une couche hier en affirmant que si toutes les personnes présentes à la discothèque dimanche soir avaient été armées « nous n'aurions pas eu cette tragédie-là ».

Bref, cela donne un avant-goût de la campagne républicaine en vue de l'élection présidentielle de novembre prochain.

Il faut dénoncer et cibler sans merci l'islamisme radical, mais il est injuste et dangereux de diaboliser la communauté musulmane américaine, comme le fait Donald Trump.

La tuerie d'Orlando témoigne de deux problèmes : l'accès trop facile aux armes dangereuses et le rôle des organisations terroristes comme l'État islamique dans l'incitation à l'extrémisme, avec comme corolaire les difficultés à détecter à l'avance les citoyens radicalisés.

Elle soulève également une question : pourquoi des jeunes de « deuxième génération », fils d'immigrants, se radicalisent-ils? Quête d'identité? Sentiment d'appartenance à un groupe?

Autre aspect : aux États-Unis, le nombre de morts et de blessés attribuable aux armes à feu excède largement le nombre de victimes d'actes terroristes.

Ainsi, en 2015, plus de 13 000 personnes sont mortes et 27 000 autres ont été blessées par arme à feu aux États-Unis, selon l'organisme Gun Violence Archive.

De ce nombre, on recense 372 fusillades de masse qui ont fait 475 morts et 1870 blessés, selon l'organisme Mass Shooting Tracker.

En comparaison, la même année, une attaque terroriste inspirée par l'islamisme radical a fait 14 morts et 20 blessés lors d'une fête de fin d'année à San Bernardino, en Californie, et, précédemment, une autre a fait cinq morts dans un centre de recrutement militaire de Chattanooga, au Tennessee.

Les discours haineux et intolérants sont évidemment monnaie courante sur les réseaux sociaux et sont parfois relayés par des imams fondamentalistes, ici comme aux États-Unis.

Par exemple, l'iman montréalais Hamza Chaoui estime que l'islam et la démocratie sont incompatibles parce qu'un homosexuel peut devenir député, tandis que l'iman Sulaiman Al-Hayiti demandait en 2013 que l'on coupe la tête des « homosexuels qu'on trouve en train de faire la sodomie ».

Il ne faut évidemment pas faire d'amalgame, mais de tels propos ne peuvent être tolérés et doivent être dénoncés.

Pour revenir à l'attentat d'Orlando, les personnes radicalisées ou déséquilibrées trouveront toujours le moyen de se procurer une arme, même illégalement.

Mais les États-Unis ne leur facilitent-ils pas les choses en raison de la grande disponibilité des armes d'assaut sur le marché et de lois laxistes?

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