Être conséquent

Il faut saluer la récente déclaration de la ministre du Développement... (Photo MSF)

Agrandir

Photo MSF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) Il faut saluer la récente déclaration de la ministre du Développement international et députée de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, selon laquelle les travailleurs humanitaires en zones de conflit ne devraient pas craindre de se faire bombarder.

Dans une entrevue à La Tribune, dans le cadre du Sommet mondial sur l'action humanitaire, tenu il y a 15 jours en Turquie, Mme Bibeau a rappelé l'importance du travail humanitaire et affirmé qu'« il faut laisser les travailleurs humanitaires faire leur travail sans qu'ils aient peur de se faire bombarder dans un hôpital », ce qui est d'ailleurs en droite ligne avec la Convention de Genève concernant la protection des civils.

Malheureusement, ses propos sont inconséquents avec les politiques commerciales du Canada qui vend des blindés à l'Arabie saoudite, un pays « ami » qui mène avec ses alliés du Golfe des frappes aériennes contre les civils, les écoles et les... hôpitaux au Yémen dans le cadre de sa lutte contre les rebelles chiites Houthis.

Il n'y a pas, bien sûr, de lien direct entre la vente de ces véhicules blindés fabriqués en Ontario et la campagne militaire que dirigent les Saoudiens au Yémen.

Mais comment un gouvernement peut-il demander la protection des travailleurs humanitaires en zones de conflit et en même temps commercer avec un pays à la tête d'une coalition contre laquelle il existe des preuves accablantes du non-respect de ses obligations de protéger les civils?

L'ONU vient même d'ajouter cette coalition à la liste noire des États violant les droits des enfants lors de conflits!

Les cas des frappes aériennes contre des populations civiles, des écoles et des hôpitaux au Yémen attribués à l'Arabie saoudite et à ses alliés du Golfe sont amplement documentés par Amnistie internationale (AI), qui parle même de crimes de guerre!, et par Médecins sans frontières (MSF), entre autres.

Dans ce pays situé à la pointe sud-ouest de la péninsule arabique, où la guerre a fait des milliers de morts et 2,5 millions de déplacés depuis mars 2015, MSF a dénoncé trois bombardements d'hôpitaux en trois mois, dont le dernier est survenu le 10 janvier.

Dans un communiqué, MSF reconnaissait ne pas pouvoir confirmer l'origine de la dernière attaque, mais précisait que des avions de chasse survolaient le centre médical au moment du bombardement et que l'Arabie saoudite et ses alliés sont seuls dans ce conflit à disposer de forces aériennes.

En mars dernier, AI, Human Rights Watch et Sister Arab Forum for Human Rights, au Yémen, ont demandé à tous les gouvernements « de cesser de fournir des armes, munitions et des équipements militaires aux différentes parties dans le cadre du conflit au Yémen (...) ».

Ces attaques ont été vivement dénoncées par le Canada et l'Union européenne, mais sans que ces derniers demandent expressément à l'Arabie saoudite de respecter ses obligations internationales.

Le gouvernement Trudeau dit vouloir défendre avec vigueur les droits de la personne. Fort bien.

Malheureusement, en honorant le contrat (initialement signé par les conservateurs) de la vente de blindés à l'Arabie saoudite au nom du principe alambiqué de la « conviction responsable », avancée par le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, Ottawa s'est placé dans une situation injustifiable du point de vue du droit international.

Ainsi, lorsque la ministre Bibeau défend la cause des travailleurs humanitaires elle ne peut faire abstraction de la guerre que mène l'Arabie saoudite au Yémen.

Sinon, quelle est la valeur de ces grands principes?

Le Canada doit être conséquent, cesser de faire de l'angélisme et reconnaître que sa position vis-à-vis l'Arabie saoudite relève d'une imposture morale.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer