Pas la fin du monde

C'est aujourd'hui que prend fin le sursis de six mois accordé par la Cour... (Archives, La Voix de l'Est)

Agrandir

Archives, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

C'est aujourd'hui que prend fin le sursis de six mois accordé par la Cour suprême au gouvernement canadien pour adopter une loi sur l'aide médicale à mourir. À minuit ce soir, le pays plongera donc dans un vide juridique. Sans être la fin du monde, ce vide entraînera une grave période d'incertitude chez tous ceux qui attendent désespérément l'adoption du projet de loi C-14.

Cette situation résulte d'abord de l'inertie du précédent gouvernement de Stephen Harper, qui s'est volontairement traîné les pieds. La nouvelle administration de Justin Trudeau a hérité du dossier, mais a visiblement trop tardé à agir. Les bonnes intentions se conjuguent difficilement avec l'efficacité attendue d'un gouvernement. Il apparaît qu'un chef de cabinet d'expérience et à la poigne solide fait défaut au premier ministre. C'est le rôle qu'a joué un Jean Pelletier appelé en renfort auprès de Jean Chrétien en 1993.

Le sujet est pour le moins délicat. La mort constitue et constituera encore pour longtemps l'un des plus forts tabous de l'humanité. Disposer de l'aide médicale à mourir en un si court laps de temps devient une mission quasi impossible.

Après avoir adopté C-14 mardi dernier, les parlementaires l'ont renvoyé au Sénat. Celui-ci doit commencer son étude ce matin et déjà il apparaît que plusieurs amendements seront proposés. Pour certains, le projet de loi va trop loin alors qu'il apparaît trop restrictif pour d'autres.

En gros, C-14 limite l'aide à mourir aux personnes dont la mort naturelle est devenue « raisonnablement prévisible », ce qui, selon les experts, laissera place à beaucoup d'interprétations et d'arbitraire. En comparaison, la loi québécoise « Mourir dans la dignité » prévoit que sont admissibles les personnes en fin de vie, en phase terminale.

La Cour suprême a pour sa part fait preuve d'une plus grande ouverture, établissant que l'aide au suicide doit être offerte aux « souffrances persistantes et intolérables » qui sont provoquées par des « problèmes de santé graves et irrémédiables ». Les juges ont donc tenu compte de la qualité de vie et des souffrances des personnes atteintes de maladies dégénératives, sans aucun espoir de guérison. Avec une mort naturelle « raisonnablement prévisible », le projet de loi C-14 réduit la portée de la décision de la Cour suprême.

Chroniqueur de La Presse+, Patrick Lagacé a fait récemment état d'un exemple atroce de souffrances persistantes et intolérables. Il a rapporté le cas de Louise Laplante, atteinte de sclérose en plaques depuis 15 ans. Cet hiver, cette femme a dû être placée en CHSLD. Elle a redemandé à mourir. Cette requête lui a évidemment été refusée parce qu'elle n'était pas sur le point de mourir. Incontinente et clouée à un fauteuil roulant, elle parvenait à remuer partiellement son poignet gauche, le seul mouvement qu'elle pouvait encore effectuer. Pour échapper à la prison de son corps, à une lente torture, Louise Laplante n'a eu d'autre choix que de se laisser mourir de faim en entamant un jeûne total. Le supplice a duré quatre jours.

Le pire, c'est que cette histoire est commune à bien des malades. En vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, les juges de la Cour suprême sont donc arrivés à la conclusion qu'il fallait mettre fin aux souffrances intolérables et inutiles. Parlementaires et sénateurs n'ont d'autre choix que de se conformer à ce jugement et de comprendre le droit fondamental de tout individu à disposer de sa vie.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer