Les chantiers du ministre Proulx

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Vincent Beaucher
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Le 13 mai dernier, La Presse publiait une longue entrevue avec le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx. Exposant diverses idées pour notre système d'éducation, plusieurs ont noté que celles-ci arrivaient de façon impromptue et qu'aucun plan ne semblait avoir été envisagé pour les mener à terme. À ce sujet, le ministre spécifiera par la suite que ses propos annonçaient plutôt des consultations, possiblement à l'automne. Revenons succinctement sur quelques-unes de ces idées.

La maternelle 4 ans

Il existe actuellement un programme de mise en place de classes de maternelle 4 ans un peu partout au Québec, mais plus précisément dans les quartiers moins favorisés. L'intention de cette scolarisation hâtive d'une clientèle qui présente généralement plus de difficultés consiste à offrir un environnement plus structuré et enrichissant, ce qui aura un impact positif pour la suite des choses.

Notons que de façon générale, la recherche en éducation a démontré les bénéfices d'une telle approche. Précisons aussi qu'il ne s'agit pas de faire apprendre aux enfants de quatre ans la matière vue en première année ou encore à la manière d'une classe ordinaire du primaire; on est beaucoup plus proche de ce qui se fait en CPE.

Maintenant, serait-ce possible d'offrir la maternelle 4 ans partout au Québec? Avec des moyens, possiblement. Par contre, il faut comprendre que cela représente potentiellement quelque 5400 nouvelles classes! À l'heure où le Ministère tarde à finaliser les dossiers de 70 nouvelles classes de maternelle 4 ans à voir le jour en septembre prochain (essentiellement, il reste à octroyer le financement...), on comprend vite l'ampleur de la tâche.

L'école obligatoire jusqu'à 18 ans

Originalement lancée par la CAQ, faire en sorte que l'élève doive rester à l'école jusqu'à 18 ans à moins d'avoir décroché son DES semble être une mesure intéressante, sinon logique. D'autres pays et d'autres provinces le font, comme le Nouveau-Brunswick et l'Ontario - cette dernière ayant déjà une année de plus au primaire-secondaire, facilitant quelque peu une mesure du genre. Soulignons que le Nouveau-Brunswick impose des amendes aux parents si leur enfant quitte l'école trop tôt, une avenue que le ministre Proulx ne veut pas emprunter. Alors, ultimement, quelle serait la portée d'un tel règlement si aucune contrainte réelle n'existe? De plus, là où on a vu des résultats positifs après avoir augmenté l'âge de fréquentation obligatoire à 18 ans, tous s'entendent pour dire que d'autres éléments ont joué des rôles complémentaires. Qu'avons-nous à proposer de plus à nos décrocheurs pour les motiver à rester à l'école, outre une nouvelle obligation?

Des enseignants mieux formés

Comme ses prédécesseurs, le ministre Proulx voudrait attirer de « meilleurs » étudiants dans les baccalauréats en enseignement, l'hypothèse étant que les futurs enseignants seraient « meilleurs ». Le gouvernement envisagerait de revoir le financement des facultés d'éducation et/ou imposer un nouveau test de français discriminant pour écrémer ceux qui appliquent aux bacs. Je l'ai déjà écrit ici : cette façon de faire est pour le moins douteuse. Dans toute cette discussion sur la qualité des enseignants, l'idée d'une maîtrise comme préalable au brevet a été soulevée. Si elle a des mérites, cette proposition pose néanmoins quelques difficultés, comme le fait d'allonger et « d'élever » une formation pour laquelle les débouchés sont plus qu'incertains, aux conditions de travail et salariales très ordinaires. Sans oublier le fait que la reconnaissance sociale et celle de l'employeur (le gouvernement) sont assez chancelantes, pour ne pas dire minées. Bref, il ne suffit pas de restreindre l'entrée au bac pour avoir de « meilleurs » enseignants au final. Et la création d'un ordre professionnel des enseignants n'est pas davantage une solution magique pour rehausser la « qualité » de l'enseignement dans nos écoles.

On ne peut qu'applaudir un ministre qui veut améliorer l'état actuel des choses. Par contre, il faut se donner les moyens de ses ambitions. Il faut aussi mettre les acteurs concernés dans le coup pour assurer

le succès des réformes envisagées. À cet égard, le présent gouvernement apparait en mauvaise posture. Nul doute que le ministre a du travail à faire s'il veut mettre son plan à exécution.

Vincent Beaucher (@Vbeaucher) enseigne en éducation à l'UdeS et à Bishop's. Pour lire d'autres textes liés à l'éducation, visitez le www.webeducation.ca ou www.facebook.com/webeducation.

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