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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / Les Québécois déplorent depuis des années les longues heures d'attente dans les urgences, mais ils n'imaginaient sans doute pas que leur province affiche la pire performance non seulement au Canada, mais en Occident.

Tel est du moins le constat que fait le Commissaire à la santé, Robert Salois, dont le poste sera aboli sous peu par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

Son rapport déposé hier à l'Assemblée nationale démontre que 45 pour cent des visites à l'urgence en 2015-2016 ont dépassé le délai maximal fixé par le ministre de la Santé et que le séjour moyen pour les visites à l'urgence est d'environ neuf heures, plus du double de la norme internationale de quatre heures.

En outre, un patient sur trois attend cinq heures et plus à l'urgence, alors que la moyenne ailleurs au Canada est d'un patient sur cinq, tandis qu'un patient sur 10 se présente à l'urgence et quitte sans avoir vu un médecin ou sans avoir été dirigé ailleurs.

Dans la région de Sherbrooke, selon le palmarès des urgences 2014-2015 du quotidien La Presse, la durée moyenne de séjour à l'urgence était de 12 h 12 du CHUS-Fleurimont, de 16 h 42 au CHUS-Hôtel-Dieu, de 11 h 42 au CH Memphrémagog et de 8 h 54 à l'Hôpital d'Asbestos.

Bref, de réforme en réforme, le Québec fait du sur-place.

Ce constat très sévère devrait interpeller sérieusement le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dont on attend toujours les résultats concrets de sa réforme du système de santé.

Fait intéressant, mais déjà connu : les cas les moins urgents qui pourraient être traités ailleurs qu'à l'urgence représentent 60 pour cent des visites.

Cela démontre une fois de plus la nécessité d'un meilleur accès aux services de première ligne et accrédite, du moins à première vue, le projet des supercliniques du ministre Barrette.

Ces supercliniques sont des groupes de médecine familiale (GMF) ouvertes sept jours sur sept et 12 heures par jour qui devront offrir davantage de services (radiographies et centres de prélèvement, notamment) en échange de plus de financement.

Le projet prévoit 50 cliniques d'ici 2018, mais suscite jusqu'ici des réserves de la part des médecins de famille. Est-ce vraiment la solution?

Le commissaire Salois fait quelques recommandations intéressantes pour améliorer la situation, dont l'accès aux GMF les soirs et les week-ends, le renforcement du rôle des infirmières pour le traitement des problèmes mineurs, un meilleur ajustement du nombre de médecins en fonctions des besoins dans les urgences et l'embauche de davantage d'infirmières praticiennes spécialisées (IPS).

Lors de la dernière campagne électorale, au printemps 2014, le Parti libéral avait promis d'améliorer les soins en formant 2000 IPS d'ici 2014.

Mais alors que le Québec comptait 359 IPS en 2015, selon les données de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, il faudrait en diplômer davantage qu'une cinquantaine en moyenne par année, comme c'est le cas depuis 2011 et, surtout, leur faire une place dans les cliniques et dans les urgences.

Le gouvernement Couillard tiendra-t-il compte de ces recommandations? En a-t-il la volonté politique?

Autre aspect, plus encourageant celui-là : M. Salois souligne la bonne performance de certaines urgences, notamment celles de l'Hôtel-Dieu de Lévis, de l'Hôpital de la Baie et de l'Hôpital Sainte-Croix de Drummondville.

Pourquoi ne pas s'inspirer de ses succès locaux au lieu de créer de nouvelles infrastructures?

D'autre part, il est pour le moins inquiétant que le gouvernement Couillard abolisse le poste de Commissaire à la santé.

Qui, dorénavant, fera une évaluation indépendante du système de santé?

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