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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL /L'histoire de François Marcotte, ce résident de Québec atteint de sclérose en plaques qui a eu recours au socio-financement pour se payer des douches supplémentaires puisque son CHSLD ne lui en donne qu'une seule par semaine, ramène dans l'actualité un problème inacceptable dans une société qui a la responsabilité de traiter adéquatement les personnes malades.

L'affaire a fait bondir tout le monde, des partis d'opposition à la Société canadienne de la sclérose en plaques en passant par le président de la Commission de protection des malades, Paul G. Brunet.

Malheureusement, le gouvernement Couillard se défend de façon très malhabile en disant qu'il ne faut pas faire de cas par cas et que, selon les experts, les soins d'hygiène personnelle peuvent être donnés sans bain.

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on estime qu'il en coûterait 30 millions $ par année pour offrir une douche ou un bain supplémentaire par semaine aux 30 000 pensionnaires des CHLSD de la province.

Or le ministère de la Santé n'aurait pas cette somme.

L'État québécois doit bien sûr faire des choix budgétaires dans un contexte où les finances publiques sont serrées.

Mais il est un peu indécent de soutenir qu'on n'a même pas 30 millions $ pour offrir des soins d'hygiène digne de ce nom - on parle de deux bains par semaine ! - aux personnes les plus vulnérables de la société.

Surtout, lorsque l'on sait que le gouvernement Couillard a consenti de généreuses hausses de rémunérations et de bénéfices aux médecins (omnipraticiens et spécialistes).

De plus, faut-il rappeler que la Vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, notait dans un rapport rendu public en novembre dernier que Québec avait sous-estimé de 416 millions $ les honoraires des médecins et des spécialistes, de 2010 à 2015, et que cette somme avait dû être puisée dans les budgets des autres programmes du réseau de la santé ?

Au dire de Paul G. Brunet, la « norme » d'un bain par semaine a été instaurée tout simplement parce que le réseau n'a pas les moyens d'offrir plus.

Or, qui en 2016 peut se contenter d'un bain par semaine ? Les aînés en CHSLD et les personnes gravement malades sont-ils des citoyens de seconde zone que l'on peut négliger en sachant qu'ils ne se plaindront pas ?

Et est-il normal qu'un citoyen utilise le socio-financement pour obtenir un tel service dans un établissement public ?

L'affaire n'est pas nouvelle : en avril 2015, au moment où la Coalition avenir Québec avait dénoncé un « marché noir » des soins d'hygiène pour les personnes âgées en CHLSD, qui étaient prêtes à payer de leur poche pour se faire laver, le ministre Barrette avait soutenu qu'un bain par semaine avec un lavage à débarbouillette les autres jours était suffisant.

On comprend qu'une norme mur à mur n'est peut-être pas la solution et que les soins d'hygiène doivent être adaptés aux personnes hospitalisées.

Mais offrir un bain ou une douche par semaine n'en est pas moins inacceptable et choque les Québécois.

Ces problèmes existaient probablement avant l'arrivée des libéraux au pouvoir, ce qui ne les dispense pas de devoir prendre leurs responsabilités et de trouver rapidement une solution plutôt que de citer des « experts » ou de dire que l'État n'a pas d'argent.

Il faut établir des normes plus respectueuses de l'intégrité et du bien-être des personnes.

Le manque apparent de sensibilité du gouvernement sur cette question est outrageant et renforce l'impression qu'il laisse se dégrader les services dans le réseau public de la santé.

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