Le sens de la campagne anti-Clinton

CHRONIQUE / Hillary Clinton est considérée avec raison comme la personne ayant... (Associated Press)

Agrandir

Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Hillary Clinton est considérée avec raison comme la personne ayant le plus d'expérience parmi les candidats pour la présidence américaine. Après avoir été la première dame de l'Arkansas pendant 11 ans et huit ans première dame des États-Unis, celle-ci a représenté pendant huit ans New York au Sénat des États-Unis. Elle a ensuite dirigé le secrétaire d'État des États-Unis pendant quatre ans. En ce sens, elle est plus apte que toute autre personne pour assumer la présidence américaine.

D'ailleurs, une large majorité des Américains reconnaissaient ce fait jusqu'au printemps de 2015 alors que sondage après sondage Hillary Clinton se démarquait comme la politicienne la plus populaire des États-Unis. Aussi, elle se trouve aujourd'hui dans une situation plutôt ironique, alors qu'en moins d'un an son taux de popularité a chuté de 68 % à 31 %. Comment expliquer une telle chute?

Bien sûr, Hillary Clinton n'est pas parfaite. Depuis des décennies, elle a été une politicienne controversée et empêtrée dans des scandales publics. Ses ennemis qui cherchent à la détruire sont nombreux. Pourtant, aucune des accusations contre elle n'a à ce jour été prouvée. Si elle porte les cicatrices des batailles passées, elle a toujours réussi à se tenir debout.

Elle a été largement testée. Elle s'est endurcie devant les attaques féroces de ses adversaires politiques. Aussi, les républicains qui reconnaissaient depuis longtemps qu'elle est une candidate exceptionnellement forte sont terrifiés par la perspective de devoir l'affronter.

Non seulement elle est intelligente et compatissante, mais elle a aussi démontré qu'elle a le courage et la volonté d'être présidente. D'ailleurs, elle possède le bon jugement nécessaire pour assumer la responsabilité de commandant en chef.

La raison de la chute de son de popularité est à priori simple. Elle découle d'une attitude biaisée des chaines télévisées et des journaux nationaux américains. Hillary Clinton ne reçoit pas le même type de couverture médiatique que Bernie Sanders ou Donald Trump. Semaine après semaine, les médias ont tendance à minimiser ou ignorer les résultats des sondages qui sont favorables à Hillary Clinton et négatifs pour Bernie Sanders.

L'agence Crimson Hexagon, une société informatique de Boston spécialisée dans l'analyse du contenu des médias, a effectué une analyse de la couverture accordée aux différents candidats par le Washington Post, Politico, Fox News, Huffington Post et CNN. Son analyse démontre que ces différents médias ont publié plus des histoires négatives sur Hillary Clinton que sur tout autre candidat et que cette dernière a reçu la plus faible proportion d'histoires positives.

D'ailleurs, plusieurs observateurs indépendants ont noté que depuis un an la couverture médiatique concernant Hillary Clinton a eu tendance à se concentrer sur de faux scandales tels que l'utilisation d'un serveur de messagerie privée. Entre-temps, Bernie Sanders et les candidats républicains ont obtenu une couverture beaucoup plus positive.

La partialité des médias dans les primaires démocrates est un fait si évident et indéniable que la situation est même devenue embarrassante pour les organisations de presse, les journaux et les chaines télévisées.

Cette partialité des médias américains découle de deux causes fondamentales. La première est économique. Une course pour l'investiture démocrate est importante pour les médias. En décrivant une lutte plus serrée, les médias rehaussent leurs cotes d'écoute ou leurs tirages. Ce faisant, les médias accroissaient leurs revenus. Par ailleurs, les journalistes et animateurs ont aussi un intérêt personnel à éviter un couronnement de Clinton en suscitant une lutte plus serrée au sein du parti démocratique.

Entre-temps, certains médias insistent aussi sur le manque d'enthousiasme des partisans de Clinton par rapport à ceux de Bernie Sanders. Toutefois, personne ne dit comment on fait pour mesurer l'enthousiasme politique. Pourtant, le vote obtenu lors des primaires devrait être un bon indicateur

Les médias mettent l'accent sur la prétendue colère de l'électorat américain. Selon ces derniers, les Américains sont en colère et fatigués des politiciens de l'establishment. Pourtant, Hillary Clinton, qui est décrite comme représentant l'establishment, a obtenu lors les primaires deux millions de votes de plus que Donald Trump et trois millions de plus que Bernie Sanders. En dépit de cela, les analyses évitent de mentionner que beaucoup d'électeurs sont disposés à voter pour elle.

Mais le problème est plus profond et va bien au-delà de la couverture négative des médias. Depuis le début des primaires, Hillary Clinton est bombardée d'invectives sexistes provenant non seulement des partisans de Trump, mais aussi de ceux de Sanders. Elle se fait traiter régulièrement de « salope » et de « putain » sur les médias sociaux, sans mentionner des insultes encore plus grossières.

De plus, de nombreuses personnes spéculent sans fin sur son âge, sa coiffure, son sens de la mode, sa façon de parler, son apparence trop ou pas assez sexy ou sur le fait qu'elle est trop ou pas assez féminine. Tout est bon pour la critiquer.

La signification de ces attaques sexistes à l'égard d'Hillary Clinton ne doit être sous-estimée. Par-dessus tout, ce qui est reproché à Hillary Clinton, c'est d'être une femme qui veut s'impliquer en politique. Par ces attaques sexistes, on cherche à saper sa réputation en semant le doute quant à ses qualifications.

En fait, à travers Hillary Clinton, ce sont toutes les femmes politiciennes qui sont visées. En recourant à un langage codé, ces attaques visent clairement à renforcer leurs stéréotypes sexistes chez une portion importante des électeurs américains et à les réconforter dans leur attitude misogyne.

Gilles Vandal

Professeur à la retraite

de l'École de politique appliquée

de l'Université de Sherbrooke

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer