Une perte collective

ÉDITORIAL / La vente à l'enchère du tableau La vieille église de Sherbrooke... (Archives, La Tribune)

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Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / La vente à l'enchère du tableau La vieille église de Sherbrooke Est par temps de neige, de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, est peut-être un mal pour un bien puisque la somme de 325 000 $ obtenue par la paroisse permettra de financer une partie des rénovations de l'église Saint-Jean-Baptiste.

Mais elle n'en constitue pas moins une perte pour le patrimoine sherbrookois puisque cet artiste né à Victoriaville en 1869 avait immortalisé une scène typique de l'un des plus vieux quartiers de Sherbrooke.

À moins, bien sûr, que l'heureux acheteur, un Canadien selon la Maison Heffel, qui a procédé à la vente mercredi à Vancouver, habite la région ou décide d'en faire don au Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

Cette transaction soulève également une question : pourquoi la collectivité sherbrookoise, ce qui inclut les gens d'affaires et les institutions, ne s'est-elle pas mobilisée davantage pour conserver ici cette oeuvre de l'un des plus grands peintres canadiens du début du 20e siècle?

Ce n'est évidemment pas de gaîté de coeur que la fabrique Saint-Jean-Baptiste s'est départie de cette toile léguée par la conjointe du peintre en 1913.

En février dernier, son président Daniel Audit avait expliqué que des démarches avaient été effectuées par la fabrique et par le Musée des beaux-arts de Sherbrooke pour trouver un acheteur. La Ville de Sherbrooke avait également été interpellée. Mais sans succès.

Des représentants du monde culturel, l'organisme Sercovie et la Société d'histoire de Sherbrooke avaient aussi plaidé en ce sens.

Les plus cyniques diront que le Québec est un pays sans mémoire ou qui accorde peu d'importance à la connaissance de son histoire et de son patrimoine.

Mais c'est aussi bêtement une question d'argent. Les besoins des paroisses québécoises pour la sauvegarde de leurs églises sont énormes et les fonds publics sont rares.

Partout dans la province, le patrimoine religieux bâti nécessite d'importants travaux de restauration : réfection de toitures, maçonnerie, réparation de vitraux, installation de système de gicleurs ou préservation d'oeuvres d'art.

Le Conseil du patrimoine religieux du Québec, l'organisme mandaté par l'État pour gérer l'aide financière destinée à la protection des églises et des chapelles de la province, dispose cette année d'une somme de 10 millions $ et doit donc faire des choix.

Au cours des deux dernières années, la paroisse Saint-Jean-Baptiste a reçu une aide de 430 000 $ pour la restauration de la toiture, la maçonnerie, la fenestration et l'installation d'un système d'alarme incendie.

Elle doit aussi amasser de l'argent auprès des paroissiens pour mener à bien ces travaux.

L'église Saint-Jean-Baptiste, cotée « valeur patrimoniale exceptionnelle » par le ministère de la Culture, est parmi les plus beaux lieux de culte de la région. Il est donc essentiel que la fabrique ait les moyens nécessaires pour assurer sa pérennité et la protéger.

La vente du tableau de Suzor-Côté permettra donc de payer une partie des travaux, mais privera la collectivité d'une oeuvre unique qui parlait d'elle.

En février dernier, dans une lettre adressée à La Tribune, des historiens et historiens de l'art, dont Jean-Pierre Kesteman et Monique Nadeau-Saumier, avaient soutenu que le tableau devait être acquis pour enrichir la collection du Musée des beaux-arts de Sherbrooke et que la population et la Ville de Sherbrooke devaient se mobiliser.

Les signataires craignaient que « la vente de cette oeuvre, que nous estimons précipitée, soit le bien triste dénouement d'un rendez-vous manqué entre la communauté sherbrookoise et une importante partie de son patrimoine ».

Le temps leur a malheureusement donné raison.

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