Qu'attend Ottawa?

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Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Les libéraux de Justin Trudeau ont beau promettre d'agir dans le dossier des importations de lait diafiltré, les mois passent et les gros transformateurs continuent d'utiliser cette protéine alimentaire pour la fabrication de fromages et de yogourts pendant que les producteurs laitiers canadiens ont perdu 220 millions $ en 2015.

Fort de leur majorité, les libéraux ont même défait une motion présentée au début du mois par le Nouveau parti démocratique et appuyé par les conservateurs et les bloquistes, l'enjoignant à agir dans ce dossier.

Alors, que vaut leur promesse électorale de régler le problème?

Le litige tient au fait que le lait diafiltré, un concentré de protéines de lait créé à partir des surplus des producteurs américains, est classé comme un ingrédient lorsqu'il franchit la frontière, de sorte qu'il n'est pas soumis aux tarifs douaniers, mais est considéré comme du lait par l'Agence canadienne d'inspection des aliments rendu à l'usine.

Le ministre fédéral de l'Agriculture, Lawrence MacAulay, et les députés libéraux répètent depuis des mois que ce dossier est une priorité, mais ils donnent plutôt l'impression de se traîner les pieds. Pourquoi?

La solution est pourtant simple : où le gouvernement fédéral considère ces protéines comme un produit laitier et impose des tarifs douaniers en conséquence ou il applique tout simplement la réglementation canadienne qui limite la teneur en protéines alimentaires des fromages et des yogourts, comme le demande l'Union des producteurs agricoles (UPA).

Alors qu'attend Ottawa?

Le gouvernement craint-il des représailles commerciales américaines? Est-ce que les négociations à venir en vue d'une nouvelle entente sur l'exportation de bois d'oeuvre canadien vers les États-Unis incitent Ottawa à se préparer une forme de monnaie d'échange avec la question du lait diafiltré?

« Il y a déjà des normes établies au Canada selon lesquelles des produits comme le fromage cheddar doivent contenir 85 pour cent de lait, or ces normes ne sont pas respectées », indique François Bourassa, président de l'UPA de l'Estrie.

« À la frontière c'est considéré comme une protéine laitière sans droits de douane et une fois rendue à l'usine on dit que c'est du lait diafiltré. Nous, on demande que ça ne change pas de nom entre les deux, que ce soit considéré pour ce que c'est : une protéine laitière », ajoute-t-il.

Devant le laxisme du gouvernement, les fabricants de fromages et de yogourts, Parmalat, Saputo et Agropur, qui a décrété un moratoire de trois mois, ont beau jeu d'utiliser le lait diafiltré qui est moins coûteux que le lait et qui fait baisser leurs coûts de production.

Résultat : le producteur laitier moyen perd entre 15 000 $ et 20 000 $ par année, bien souvent l'équivalent de ses profits annuels.

Le Québec a d'ailleurs perdu plus de 250 fermes laitières l'an dernier en raison notamment de la baisse du prix du lait, des brèches dans le système de gestion de l'offre et d'un climat d'insécurité en lien avec les négociations pour le Partenariat transpacifique.

L'affaire n'est pas banale puisque la production laitière québécoise regroupe 6000 fermes et génère des recettes de 2,2 milliards $, avec plus de 80 000 emplois directs et indirects.

Alors que les importations de lait diafiltré ont presque doublé en cinq ans, il est plus qu'urgent qu'Ottawa fasse respecter les normes de fabrication de produits laitiers et colmate cette brèche dans le système de gestion de l'offre.

Le laxisme et les tergiversations ont assez duré.

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