Un long combat

ÉDITORIAL / Le dépôt du projet de loi C-16, destiné à adapter la Loi canadienne... (Archives, La Tribune)

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Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le dépôt du projet de loi C-16, destiné à adapter la Loi canadienne sur les droits de la personne et le Code criminel à la réalité des transgenres, représente un pas important pour le droit canadien.

Mais il devra aussi se traduire par une évolution des mentalités à l'égard de ces personnes qui s'identifient à un autre sexe que celui que leur a attribué la nature et qui sont victimes d'incompréhension, de préjugés et de violence.

En présentant ce projet de loi très attendu, hier, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, la ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a insisté avec raison pour dire que cette initiative n'est pas qu'un geste symbolique, même si le Code criminel interdit déjà la discrimination basée sur le sexe.

Cette législation renforcera la loi et le Code criminel en vue de protéger spécifiquement les personnes transgenres de la discrimination, pour l'emploi et le logement par exemple, des propos haineux et de la violence à leur endroit.

Il s'agit d'un geste fort pour affirmer que les personnes transgenres ont les mêmes droits et le même statut que les autres Canadiens.

Car celles-ci ne sont guère reconnues, disposent de peu de ressources pour les aider et sont vulnérables.

Il y a d'ailleurs très peu de données sur le nombre de personnes transgenres au Québec et au Canada.

Mais selon l'organisme « Aide aux trans du Québec », une personne sur 4000 aura recours à un traitement médical pour sortir de l'inconfort relié à son genre et une personne sur 6000 effectuera une transition pour vivre complètement dans le genre de son choix.

De plus, selon l'organisme, 78 pour cent des personnes transgenres ont vécu du harcèlement verbal et 48 pour cent ont été victimes d'assaut.

Stéphanie Roy, qui anime un groupe de discussion pour personnes trans à Sherbrooke, estime qu'il est normal qu'il y ait peu d'informations disponibles puisque ces personnes commencent à faire parler d'elles.

Mais, souligne-t-elle, « en une année j'ai rencontré 43 personnes de l'Estrie qui ont fait leur Coming out et qui sont soit en instance de transition ou qui l'ont entamée ».

« Il y a beaucoup de préjugés et de violence envers les trans et pour les jeunes à l'école c'est encore plus difficile parce qu'ils ne sont pas soutenus et qu'il y a peu de connaissances », confirme Stéphanie.

Dans un récent dossier, La Tribune a fait état de la détresse psychologique que vivent les individus transgenres et du manque de ressources pour les aider, de même que du problème de méconnaissance du phénomène transgenre dans les écoles secondaires.

La ministre Wilson-Raybould n'a pas voulu dire, hier, si le projet de loi fera l'objet d'un vote libre ou si les députés libéraux devront suivre la ligne de parti.

Mais il faut s'attendre de toute manière à beaucoup de discussion au sein des différents partis et probablement à quelques réserves.

Le Nouveau parti démocratique avait tenté à deux reprises depuis 2010 de faire adopter un projet de loi sur les droits des personnes transgenres, mais sans succès.

Le projet de loi libéral C-16 est donc un aboutissement important qui fait suite en quelque sorte à la décriminalisation de l'homosexualité au Canada, en 1969, aux mesures pour interdire la discrimination basée sur l'orientation sexuelle et à la reconnaissance des conjoints du même sexe.

Toutefois, il faudra sans doute encore beaucoup de temps pour que les personnes transgenres se sentent pleinement acceptées et respectées.

Ce sera un long combat comme celui mené par les gais et les lesbiennes depuis les années 70.

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