Mieux protéger les travailleurs migrants

ÉDITORIAL / Le cas des quatre travailleurs étrangers temporaires victimes... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le cas des quatre travailleurs étrangers temporaires victimes d'abus et de mauvais traitements par un producteur de fines herbes de Drummondville, en 2012, témoigne de la vulnérabilité de cette main-d'oeuvre saisonnière et de la nécessité pour le gouvernement québécois de mettre en place des mécanismes pour mieux les protéger.

Il est inadmissible que des travailleurs étrangers puissent avoir été payés à des salaires de misère et logés dans des conditions insalubres pendant des mois.

La mésaventure de ces quatre Guatémaltèques se termine somme toute sur une bonne note puisqu'ils ont obtenu réparation auprès de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Et selon l'Union des producteurs agricoles (UPA) et l'Association des producteurs maraîchers du Québec, il s'agit d'un cas isolé. Fort bien.

Mais cette affaire démontre néanmoins que les travailleurs étrangers ne parlant pas français et connaissant mal des ressources disponibles pour les aider ont besoin de davantage de soutien gouvernemental pour défendre leurs droits.

Le Conseil canadien pour les réfugiés a rendu public en mars dernier un rapport pancanadien dénonçant le manque d'accès aux services et à l'information pour les travailleurs immigrants, dans plusieurs secteurs d'emploi.

Au Québec, où la majorité des travailleurs migrants oeuvrent en agriculture, « aucune législation n'a été adoptée afin de répondre à leur vulnérabilité et de mettre en place des mécanismes de protection », note l'organisme.

Il souligne que le « seul soutien consacré aux travailleurs migrants est offert par des initiatives menées par des bénévoles, qui ont peu d'effectifs, et par un centre de soutien pour travailleurs agricoles ».

La Fondation en recrutement de main-d'oeuvre étrangère (FERME), un regroupement d'employeurs, offre une ligne téléphonique « 24/7 » aux travailleurs agricoles étrangers qui ont besoin d'aide ou d'information

L'histoire des quatre travailleurs guatémaltèques nuit évidemment à l'image de cet important secteur agricole qui a besoin de main-d'oeuvre étrangère.

André Plante, directeur de l'Association des producteurs maraîchers du Québec, le reconnaît, mais soutient que ce genre de situation demeure très marginale.

Il souligne également que le producteur de fines herbes pris en défaut à Drummondville n'était pas membre de son organisme.

« C'est malheureux même si c'est un cas isolé. On dépense énormément d'énergie pour encadrer les producteurs parce que la main-d'oeuvre immigrante nous est précieuse et on veut que les travailleurs reviennent l'année suivante », dit-il.

« Ce sont en majorité des entreprises familiales où les travailleurs font presque partie de la famille », soutient M. Plante.

Selon lui, chaque année près de 10 000 travailleurs agricoles saisonniers, en grande majorité des Mexicains et des Guatémaltèques, viennent gagner leur croûte ici en effectuant la cueillette des petits fruits, des choux, du piment et de la laitue, un travail dur que bon nombre de Québécois de « souche » ne veulent pas faire.

En Estrie, entre 150 et 200 travailleurs étrangers sont engagés sur des fermes, selon l'UPA.

La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail affirme ne pas avoir de données sur les cas d'abus ou de non-respect des droits des travailleurs saisonniers dans les entreprises agricoles, mais elle dit effectuer des visites de contrôle.

Néanmoins, le gouvernement du Québec a la responsabilité de s'assurer que les règles du jeu sont respectées et que les travailleurs étrangers connaissent les recours qui s'offrent à eux.

On ne peut tolérer que des personnes isolées et dépendantes refusent de dénoncer leurs mauvaises conditions par peur d'être congédiées et déportées ou par ignorance de leurs droits.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer