Le virage de la réussite

ÉDITORIAL / Le ministre de l'Éducation du Québec fait marche arrière et renonce... (Archives, La Presse)

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le ministre de l'Éducation du Québec fait marche arrière et renonce à abolir les élections scolaires. Sébastien Proulx propose plutôt un nouveau projet de société aux Québécois en les conviant à la réussite. Quel est ce vent de lucidité qui vient soudainement de frapper le ministre?

Dans l'entrevue que La Presse + publiait hier, Sébastien Proulx fait un trop rare acte de contrition chez les politiciens. Il admet que l'idée d'abolir les élections scolaires s'est avérée être un nid à « chicanes » qui aurait perduré pendant d'interminables années. Le ministre se garde bien de dire que le bénéfice tiré de ce remue-ménage aurait été nul. C'est possiblement le constat auquel il est arrivé.

En 2014, la facture des élections s'est élevée à 20 M$. C'est beaucoup d'argent et peu à la fois parce que c'est le prix à payer pour le respect du principe fondamental de toute démocratie. Il ne peut y avoir de taxation sans représentation. Bien sûr, le taux de participation à ces élections a été ridiculement faible, soit 4,85 % dans les commissions scolaires francophones, versus 17,26 % chez les anglophones. Il y a sûrement moyen de faire mieux et le ministre a prié le Directeur général des élections d'y voir, en se pendant notamment sur l'introduction du vote électronique. Dans le confort de son foyer, l'électeur aura sûrement plus de facilité à voter. Reste à lui en démontrer l'utilité et l'importance.

« Il faut arrêter d'être distrait par toutes sortes d'affaires, et il ne faut pas se diviser sur des affaires qui n'apportent rien à la réussite », affirme même Sébastien Proulx. Il a bien raison de vouloir écarter les distractions pour se concentrer sur la mission première de notre système d'enseignement, soit la réussite. C'est exactement ce que le milieu de l'éducation répète depuis des années. Il importe de viser l'excellence et de façonner de meilleurs citoyens qui pourront contribuer activement au développement de notre société.

En référence aux années 60 et à la Révolution tranquille, le ministre convie ni plus ni moins les Québécois à un nouveau projet de société. Cet objectif est nettement plus porteur et emballant qu'une réforme de structure comme l'abolition des élections et des commissions scolaires.

Sébastien Proulx abandonne ainsi le projet de loi 86 sur la gouvernance scolaire déposé en décembre dernier par son prédécesseur. Il entend soumettre un nouveau projet de loi en conservant les éléments ayant fait consensus comme la décentralisation des pouvoirs vers les écoles.

Le ministre prévient aussi les commissaires que leur rôle sera bonifié et qu'ils devront se mettre au service de cette décentralisation. À vrai dire, ceux-ci ne demandent pas mieux. Pour le peu qu'ils coûtent, ils sont généralement animés par les meilleures

intentions, trop heureux de servir leur communauté. Rappelons aussi que les conseils de commissaires scolaires sont souvent la pépinière de nos futurs politiciens, l'école où apprendre le métier.

Pour lancer son projet de société, le ministre a choisi l'entrevue avec un journaliste. On peut y voir ainsi un coup de sonde, question de prendre d'abord la température de l'eau. Les réactions à son projet seront assurément élogieuses, sauf peut-être pour la création d'un ordre professionnel des enseignants. Sébastien Proulx devra maintenant démontrer, dollars à l'appui, que le gouvernement endosse totalement ce projet de société. Aussi essentielle soit-elle à l'équilibre budgétaire, l'austérité a sérieusement malmené notre système d'éducation ces dernières années.

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