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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

ÉDITORIAL / La décision du gouvernement du Québec de modifier la Loi sur la langue des commerces et des affaires pour obliger les entreprises à ajouter du français dans leur affichage extérieur constitue certes un pas en avant.

Mais elle dénote malheureusement un manque de volonté ou de courage pour imposer un descriptif en français aux marques de commerce en anglais, en modifiant la loi 101.

Annoncé hier par la ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Hélène David, le nouveau règlement exigera la présence de mots en français, qu'il s'agisse d'un slogan reflétant leurs activités, de l'annonce des produits offerts ou d'un descriptif, tout en respectant bien sûr les marques de commerce en anglais, protégées par une loi fédérale.

Les commerces existants auront trois ans pour s'y conformer tandis que les nouveaux devront le faire dès leur ouverture.

Toutefois, pour ce qui est de l'ajout d'un descriptif en français, il s'agit d'un voeu pieux puisque la plupart des grandes chaînes comme Wal Mart, Home Depot, Costco ou Best Buy, s'y opposent depuis toujours.

En 2015, la Cour d'appel avait débouté le gouvernement du Québec qui voulait faire invalider un jugement de la Cour supérieure rendu en 2014 donnant raison à ces multinationales.

Le tribunal avait estimé que les marques de commerce en anglais ne contrevenaient pas à la loi 101 et que celle-ci ne permettait pas d'imposer un descriptif en français.

Le jugement de la Cour supérieure comportait toutefois une nuance importante.

Le juge Michel Yergeau avait en effet indiqué que le gouvernement pouvait modifier la loi pour imposer « les solutions qu'il juge adéquates » s'il estimait que le visage linguistique français de la province était menacé.

Québec avait toutefois refusé de franchir ce pas afin de préserver la « paix linguistique ».

La ministre David a donc raison lorsqu'elle affirme que la législation actuelle ne permet pas d'imposer un descriptif en français.

Mais elle sait très bien que son gouvernement pourrait aller plus loin et modifier la loi 101, quitte à s'exposer à la contestation par la suite et être obligé de défendre l'importance d'un affichage commercial respectueux du visage français du Québec.

Résultat : la modification réglementaire annoncée hier est une demi-solution qui laisse une grande marge discrétionnaire aux entreprises et qui ouvre la porte à une nouvelle vague de contestations juridiques.

Autrement dit, rien ou si peu est réglé.

Il est difficile de comprendre le refus obstiné des grandes chaînes d'ajouter un descriptif en français à leur marque de commerce, sinon qu'il s'agit d'un manque de respect ou de sensibilité pour leur clientèle québécoise, francophone à plus de 80 pour cent.

Certaines font valoir que nous sommes à l'heure de la mondialisation ou qu'il est important de ne pas semer la confusion chez les clients avec un ajout à leur marque de commerce.

Pourtant, certaines chaînes l'ont fait de bon coeur, notamment Café Starbucks et Lunetterie New Look, et ne s'en portent pas plus mal.

Target, qui a depuis fermé ses magasins au Canada, avait ajouté un slogan sur leurs devantures au Québec, « Trouvez mieux. Payez moins ».

Malheureusement, la majorité des grandes chaînes ne daignent pas respecter le caractère français du Québec même si elles y font de très bonnes affaires.

Et, faute de volonté politique de la part des gouvernements qui se sont succédé au Québec ces dernières années, on ne peut que constater le recul du français dans l'espace public.

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