Une partie de la solution

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / La proposition de la Coalition avenir Québec (CAQ) d'inscrire les enfants à la maternelle dès l'âge de 4 ans et de rendre l'école obligatoire jusqu'à l'âge de 18 ans mérite d'être étudiée.

Elle ne représente toutefois pas le seul moyen pour contrer le décrochage scolaire et accroître le taux de réussite chez les jeunes.

Avec un taux de décrochage de plus de 15 pour cent de garçons et de filles qui quittent le secondaire sans diplôme et un taux d'analphabétisme de 19 pour cent chez les personnes de 16 à 65 ans, selon les données de l'OCDE, le Québec doit se donner des moyens décisifs pour attaquer le problème.

Le taux de décrochage a certes diminué depuis une quinzaine d'années dans la province, mais demeure très élevé dans une société qui se veut technologique et qui prône une économie du savoir.

Les données nationales démontrent du reste que c'est au Québec que le taux de décrochage est le plus élevé au Canada alors que d'autres provinces où l'école est obligatoire jusqu'à 18 ans affichent un taux de diplomation supérieur, notamment l'Ontario.

On peut donc penser qu'il s'agit d'une partie de la solution.

Car, chose certaine, rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans ne motivera pas davantage les jeunes qui veulent décrocher.

Il faudrait des mesures d'encadrement et davantage de ressources pour les épauler, qu'il s'agisse de formation adaptée, de services d'orientation ou de parcours individuels.

Or depuis 2014, le gouvernement Couillard a imposé d'importantes coupes budgétaires aux commissions scolaires, obligeant celles-ci à réduire les services directs aux élèves, orthophonie, psychologues et psychoéducateurs, ce qui a eu un impact direct chez les jeunes en difficulté d'apprentissage.

Québec a certes annoncé dans son dernier budget un réinvestissement de 500 millions $ sur trois ans pour les services aux élèves, mais le milieu de l'éducation estime qu'il s'agit au mieux d'un rattrapage et qu'il faudra faire beaucoup plus.

Plusieurs facteurs incitent les adolescents à quitter l'école prématurément, qu'il s'agisse de problèmes personnels, de pauvreté ou d'un milieu de vie peu stimulant.

Comment, alors, donner le goût d'apprendre aux jeunes et faire en sorte qu'ils ne fréquentent pas l'école dans le seul but d'obtenir leur diplôme?

Selon Rachel Bélisle, professeure au Département d'orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke et membre du Centre d'étude et de recherche sur les transitions et l'apprentissage, l'idée de rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans mérite discussion.

Mais elle ne croit pas que cela soit la solution au décrochage.

« Il faut donner un sens à l'école, la rendre plus intéressante. Mais rien ne dit que le fait d'obliger va augmenter le taux de diplomation », dit-elle.

Des réponses multiples sont nécessaires pour lutter contre le décrochage et soutenir les jeunes pour l'obtention d'un premier diplôme, ce qui peut passer par la formation professionnelle et l'éducation aux adultes, signale Mme Bélisle.

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, se dit ouvert à l'idée d'élargir la maternelle à 4 ans, mais est réticent à l'idée de rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans, affirmant qu'il a « entendu » que la contrainte n'était pas une bonne idée et qu'il avait besoin de réfléchir.

On peut bien sûr discuter du mérite de la proposition de la CAQ, mais la réaction anecdotique du ministre Proulx laisse pantois alors que le problème du décrochage scolaire au Québec est archi connu, amplement documenté et devrait constituer une urgence nationale.

Au-delà de l'expérience personnelle du ministre Proulx sur le sujet, on aimerait avoir une vraie stratégie et les moyens qui vont avec.

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