Aider les travailleurs à faible revenu

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le mouvement « Fight for $15 » aux États-Unis, qui a incité les États de New York et de Californie et quelques grandes villes à porter graduellement le salaire minimum à 15 $ l'heure, commence à avoir de l'écho au Québec.

Il doit permettre un débat sur la nécessité d'améliorer le sort des travailleurs au salaire minimum.

Car à 10,75 $ l'heure, à compter du 1er mai, une augmentation de 1,9 pour cent, le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté puisqu'un tel taux horaire représente un revenu annuel de 19 565 $ (à 35 heures par semaine) et de 22 360 $ (à 40 heures par semaine), avant impôt.

Comment peut-on imaginer qu'une personne seule ou un couple puisse vivre convenablement avec ce salaire, se loger, se déplacer, payer les médicaments, l'éducation des enfants et se nourrir?

À eux seuls, les prix des aliments ont augmenté à un rythme supérieur au taux de l'inflation au cours des dernières années, selon l'Institut alimentaire de l'Université de Guelph, en Ontario.

Une hausse de 10, 15 ou 20 cents l'heure ne change pas grand-chose dans la réalité des quelque 450 000 personnes qui travaillent au salaire minimum, en majorité des personnes de moins de 25 ans et des femmes de 25 à 54 ans, selon l'Institut de la statistique du Québec.

Une multitude d'études ont été réalisées ces dernières années sur les bienfaits et les dangers des hausses du salaire minimum.

L'Institut économique de Montréal, un groupe de réflexion de droite, et certains porte-parole des milieux patronaux estiment que cela ne permet pas de réduire la pauvreté.

À l'opposé, les groupes de défense des droits des travailleurs, le dragon Alexandre Taillefer et même un géant du commerce du détail comme Costco jugent que le salaire minimum est trop faible.

Il est presque risible d'entendre un ministre du Travail affirmer qu'une hausse de 20 cents l'heure permettra d'améliorer les conditions de vie des travailleurs à faible revenu, comme l'a fait Sam Hamad en janvier dernier alors qu'il était titulaire de ce poste.

Il s'agit de broutilles.

Porter le salaire minimum à 15 $ l'heure améliorerait la situation des travailleurs et réduirait les inégalités, pour ne pas dire la misère.

Toutefois, une hausse trop brusque aurait probablement un impact négatif pour de nombreuses PME et petits commerçants et se solderait sans doute par des mises à pied.

Il ne faut pas que le remède cause plus de tort que le problème.

En revanche, un salaire de 15 $ l'heure ne mènerait certainement pas à la banqueroute les grandes chaînes de magasins comme Walmart ou de restauration rapide comme McDonald's, qui engrangent des milliards $ de profits par année.

Ces entreprises sont d'ailleurs visées par le mouvement « Fight for $15 » aux États-Unis.

D'autre part, la hausse du salaire minimum n'est pas le seul moyen d'aider les travailleurs à faible revenu.

Une telle mesure pourrait être assortie d'une hausse du seuil d'exemption personnelle de base pour les travailleurs à temps plein ou d'un impôt négatif en vertu duquel l'État complète le revenu d'emploi avec une allocation horaire ou autre.

Le gouvernement du Québec et les entreprises ont la responsabilité de lutter contre les inégalités et d'augmenter le salaire minimum de façon plus prononcée, même s'il ne s'agit pas là du seul outil pour sortir des centaines de milliers de travailleurs de la pauvreté.

Car au rythme de 10, 15 ou 20 cents l'heure d'augmentation par année on n'en sortira jamais.

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