Le ministre négligé

Gaétan Barrette... (Archives, La Presse)

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Gaétan Barrette

Archives, La Presse

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Notre bon ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se plaint aux journalistes du manque d'attention qu'ils accordent à sa « plus grande réforme de la santé » et à « ses » investissements majeurs dans le secteur hospitalier. Nous manquerions donc collectivement d'information pour bien voir et comprendre. Ce serait la faute des journalistes qui prêtent trop d'attention aux manoeuvres de diversion des partis d'opposition.

Mais que voir et que comprendre?

Au-delà du style abrasif qui lui a valu d'être dénoncé par ses propres collègues, nous comprenons par de nombreux témoignages qu'il faut une forte dose d'humilité, de contrôle de soi et de renonciation pour supporter son style de gestion qui s'apparente plus à la flagellation qu'à la concertation. Nous comprenons aussi que la flagellation va continuer jusqu'à ce que le moral des troupes s'améliore et que leur « résistance au changement » diminue.

Nous savons qu'il a aboli de nombreuses structures de concertation et de gestion régionales pour en créer d'autres. Sa réforme il la poussera donc dans la gorge de tous ceux et celles qui restent en poste.

Nous savons qu'il a déclaré l'échec des CLSC qui ne sont « bons que dans la prévention, les services à domicile et le communautaire », que le ministre résume en disant dédaigneusement « ces choses-là ».

Nous savons aussi, de tous les experts du domaine de la santé publique, que la prévention, les services à domicile et le communautaire sont les approches à privilégier pour une population vieillissante qui fera face à des problèmes de santé chroniques plutôt qu'épisodiques.

Nous savons que les CLSC seront vidés de leurs effectifs au profit des Groupes de médecine familiale (GMF), un modèle que nous ne connaissons que très peu, qui n'a pas fait ses preuves et qui n'est pas stabilisé d'après les témoignages des médecins qui en ont démarré.

Nous savons que les infirmières praticiennes continueront d'avoir des difficultés énormes à trouver leur place dans un territoire médical hyper-protégé ou à s'en affranchir en ayant les autorisations requises pour l'ouverture de cliniques sans médecins qui donnent un accès facile aux soins courants de première ligne dont ont besoin la majorité des nôtres.

Nous savons que les médecins continueront d'être rémunérés à l'acte, que leur rémunération a augmenté considérablement au cours des dernières années et que cette augmentation s'est traduite par une baisse proportionnelle de leur offre de service. Nous savons donc qu'ils veulent notre bien et qu'ils vont continuer de l'avoir.

Nous savons que sous sa férule, la santé continuera d'être médicalisée, hospitalo-centrique et axée sur les soins spécialisés, ce qui fera encore augmenter les coûts et ne règlera en rien les problèmes d'accès et de santé publique, à moins d'avoir les moyens d'aller au privé dont les frais accessoires sont maintenant légaux.

Nous savons qu'il a déjà déclaré victoire puisque plus de 1300 cadres ont été « rationalisés » sans compter ceux et celles qui ont voté avec leurs pieds ou leur silence forcé.

Nous savons qu'il pense que nous ne comprenons pas. Il se trompe.

Robert Poupart, 

Ex-recteur d'université et professeur honoraire, UQAM

Bolton-Est

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