Illégal et déloyal

ÉDITORIAL / Le « combat » entre les exploitants de gîtes touristiques et les... (Archives, La Presse)

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le « combat » entre les exploitants de gîtes touristiques et les lieux d'hébergement non accrédités ou illégaux qui s'annoncent sur les plateformes comme Airbnb et Kijiji est inégal.

Il commande une action plus musclée de la part de Tourisme Québec, de Revenu Québec et des villes comme Sherbrooke pour mieux encadrer ce type d'activité et s'assurer que les locateurs respectent leurs obligations fiscales et réglementaires.

Car, à entendre les exploitants de gîtes, la prolifération de ces lieux d'hébergement engendre d'importantes pertes financières pour ceux qui déclarent leurs revenus à l'État, perçoivent la taxe d'hébergement, ont des normes à respecter et doivent détenir une attestation de classification.

À Sherbrooke, le nombre de lieux d'hébergement « illégaux » ou non déclarés aurait bondi de 53 à 140 depuis février 2015, selon un décompte effectué par Ronald Gougeon, propriétaire du gîte Les matins d'Antoine.

Malgré ce constat et les récriminations de propriétaires de gîtes, la Ville de Sherbrooke en est encore à évaluer la situation, elle qui a pourtant le pouvoir d'agir entre autres par son règlement de zonage.

Le gouvernement du Québec, pour sa part, vient d'adopter la Loi encadrant l'hébergement touristique afin de freiner les activités illégales.

Elle oblige notamment les utilisateurs de plateformes numériques qui font de l'hébergement touristique régulier à se procurer un permis et à percevoir la taxe d'hébergement.

De plus, Québec porte de 2 à 18 le nombre d'inspecteurs.

La loi est toutefois jugée trop floue par des locateurs quant au nombre de jours à partir duquel ils sont considérés comme se livrant à une activité commerciale, ce que reconnaît la nouvelle ministre du Tourisme, Julie Boulet.

De plus, de nombreux logements ou chambres offerts à des fins touristiques sont situés en zones résidentielles, de sorte que les locateurs pourraient avoir de la difficulté à obtenir une attestation pour usage commercial.

La situation dans le secteur de l'hébergement touristique parallèle ressemble à s'y méprendre à ce qui se passe dans l'industrie du taxi avec la concurrence de Uber, ce service de covoiturage urbain illégal que tolère le gouvernement Couillard.

Ces entreprises répondent certes à un besoin avec leurs bas tarifs et se plaisent à projeter l'image de la « nouvelle » économie, celle du « partage » et des nouvelles technologies.

Il s'agit dans bien des cas de citoyens-entrepreneurs qui décident d'offrir un service en dehors de toute contrainte, comme si les notions de responsabilité sociale et d'obligations fiscales ne s'appliquaient pas à eux.

Derrière cette vision libertaire des choses se cachent des activités lucratives qui n'ont rien à voir avec une soi-disant économie du « partage ».

Il est illusoire de penser qu'une économie peut fonctionner sans un minimum de règles communes à tous.

Sinon, il s'agit d'une économie parallèle où les acteurs empochent des revenus appréciables sans participer à un autre « partage », celui du financement des services publics, des infrastructures et des protections sociales.

Le laisser-faire et le manque de courage politique ne font qu'attiser les tensions sociales et pénaliser les chauffeurs de taxi et propriétaires de gîtes qui respectent les lois.

La Loi sur l'encadrement de l'hébergement touristique constitue certes un pas dans la bonne direction, mais il reste à voir si elle sera efficace.

Il serait illusoire de vouloir bannir les gîtes Airbnb de la province tant ils sont populaires, mais il faut les encadrer et s'assurer que les locateurs paient leur juste part de taxes et d'impôts.

On ne peut avoir tous les avantages sans accepter les inconvénients et les responsabilités qui viennent avec une activité commerciale.

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